TREVE AU NORD-MALI, LES DES ETAIENT PIPES…

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La trêve, obtenue à Tripoli entre les émissaires du gouvernement et ceux des rebelles, a volé en éclats : l’attaque de Diabali et de Dogofri, revendiquée par la bande à Bahanga, a du coup grippé le processus de paix, déjà au point mort ; un état de fait né des difficultés sur les modalités d’application du Protocole d’entente de Tripoli.

 

Un mois jour pour jour, la trêve, obtenue le 3 avril dernier des discussions entre les deux parties, venait d’être rompue à Diabali par la bande à Bahanga, mettant le gouvernement dos au mur. De Tripoli en Libye à Diabali (Niono) au Mali, la trêve, qui devrait supporter le processus de paix, en donnant un contenu concret au Protocole d’entente qui venait d’être signé entre les émissaires du gouvernement et ceux des rebelles. En effet, le gouvernement malien et l’Alliance Touareg Nord Mali pour le changement (ATNMC) ont signé, le jeudi 3 avril dernier, au soir à Tripoli, un protocole d’entente sous les auspices de la Fondation Kadhafi pour le Développement (FKD), stipulant un cessez-le feu immédiat, accompagné de l’arrêt des hostilités. Ce cessez-le feu, paraphé côté gouvernement malien par le chef d’Etat-major particulier du président ATT, le général Brahim Coulibaly, et côté Touareg par le représentant de l’ATNMC, Hama Ag Sid’Ahmed, intervenait après la reprise des hostilités à partir du 20 mars courant ; date à laquelle les insurgés de Kidal avaient engagé une série d’attaques contre les positions de l’armée malienne. L’accord, ainsi conclu, stipulait que ce cessez-le-feu sera suivi de l’allègement du dispositif de l’armée malienne dans la région de Kidal, suivant un calendrier de mise en oeuvre, ainsi que la libération des prisonniers.

Le document, qui salue "les échanges fructueux et l’atmosphère cordiale et responsable" ayant dominé le cadre des discussions entre les deux parties, indique que l’allègement du dispositif militaire et la libération des prisonniers permettront de créer un climat de confiance, susceptible de favoriser l’engagement d’un processus de dialogue et de concertation pouvant aboutir à un règlement définitif du conflit.

A la signature de ce protocole d’accord, c’était l’euphorie. L’ambiance était bon enfant. A l’occasion, le secrétaire de l’Association pour la fraternité du Sud relevant de la FKD, Mansour Al-Mahdi, qui a signé le protocole, en tant que parrain, a, dans une intervention à l’issue de la cérémonie de signature de cet accord, remercié le guide Mouammar Kadhafi pour avoir donné l’opportunité aux parties en discussion de se rencontrer en Libye sur les événements au nord du Mali, et salué le président malien, ATT, pour avoir répondu à l’appel de la Fondation, sous l’égide du Dr. Seif Ul-Islam Mouammar Kadhafi. Il a également rendu hommage à "l’esprit positif et fraternel" qui a prévalu lors des négociations de Tripoli.

De la même manière, les parties maliennes signataires de cet accord, de leur côté, avaient remercié le guide frère, Mouammar Kadhafi, pour son engagement constant en faveur de la paix et de la stabilité en Afrique en général et au sein de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (CEN-SAD) en particulier. Dans une déclaration, rendue publique par le représentant de l’ATNMC, Hama Ag Sid’Ahmed, les parties maliennes ont souligné leur engagement à respecter le protocole d’entente signé à Tripoli, ainsi que leur détermination à oeuvrer pour le retour de la paix et de la stabilité dans la région nord du Mali. Dans le même esprit de la détente,  Kanté Cheick Amadou, chargé de mission à la présidence du Mali et membre de la délégation gouvernementale a, dans une déclaration à la presse, à l’issue de la signature de ce protocole d’entente, affirmé que cet accord représentait une victoire pour tout le peuple malien, une victoire qui a été remportée ensemble entre « frères ».

Voici les salamalecs autour de ce protocole et du cadre des discussions qui ont entouré les négociations de Tripoli. Il restait maintenant à articuler les choses de telle manière que les parties, sous l’égide du facilitateur libyen, puissent rapidement se décider à concrétiser les modalités d’application de ce protocole. Et c’est justement là où les émissaires des deux côtés ont trébuché. En ce qui concerne les mécanismes de garantie du respect de l’accord qui venait d’être signé, il avait pourtant clairement indiqué, selon de sources diplomatiques crédibles, que le président ATT a réitéré son engagement à respecter « tout accord qui sera signé ».

 Au-delà des divergences d’approches sur les détails de mise en œuvre du protocole d’entente, qui ont constitué des blocages entre les parties, l’échec de Tripoli devenait patent d’autant que l’Algérie, pièce maîtresse du processus de paix de Kidal, manifestait quelques signes d’énervement sur le dossier. L’Algérie a fait savoir son état d’âme à son partenaire malien, et cela de la manière la plus officielle qui soit : elle prenait ses distances vis-à-vis de la crise de Kidal dès le moment où elle faisait l’objet de critiques virulentes de la part d’organes de presse du Mali.

On le voit, à moins d’un mois de la signature du protocole d’entente de Tripoli, ponctuée par des déclarations de bonnes intentions, sur fond d’optimisme non mesuré, l’impasse s’est installée autour de ces discussions qui étaient plongées dans le chaos. On est donc loin de ces discours dithyrambiques qui ont d’ailleurs fait long feu. Le processus de paix était au point mort dès l’instant où l’artisan principal de l’Accord d’Alger, à savoir l’Algérie, a boudé le nouveau cadre des discussions de Tripoli. Ce, dès le moment où les parties elles-mêmes n’arrivaient pas à s’entendre, au-delà des déclarations d’intention, sur les modalités de mise en œuvre du protocole d’entente. C’est dans cette atmosphère, déjà surchauffée, que l’assassinat de l’officier de l’unité spéciale et son compagnon a été perpétré dans la zone de Kidal. Il a entraîné un nouveau coup de froid au processus de paix, déjà fragilisé d’autant que le chef rebelle dissident et ses hommes y ont trouvé moyen de mettre la pression sur le gouvernement, lequel venait d’être sommé de faire la lumière sur ce dossier au risque d’une reprise fulgurante des hostilités.

L’atmosphère était morose dans la zone de Kidal du fait des rebelles qui n’ont pas cessé d’enflammer la zone de conflit. Depuis l’échec des discussions de Tripoli, la zone de Kidal a été le théâtre de nombreux accrochages, les uns aussi violents que les autres. Certes, le chef rebelle Bahanga s’est empressé de nier son implication dans certains assauts perpétrés contre certaines positions de l’armée nationale, mais il n’a jamais condamné les attaques ainsi ourdies et qui visaient à terme à saper le processus de paix. En guise de précaution, et compte tenu de la sensibilité de la crise qui secoue le nord-Mali, le gouvernement devait être sur les dents. Ne serait-ce que pour éviter d’être obligé de répliquer sur plusieurs fronts.

Par Sékouba SAMAKE Info Matin

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