Bande rebelle d’Inabague, Reddition ou arrestation ?

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Entre reddition et arrestation les versions divergent au sujet du démantèlement par l’armée nationale d’une bande composée d’une douzaine d’hommes armés supposée aux ordres d’une notabilité de Tessalit. Quoi qu’il en soit les faits troublants ne manquent pas qui entachent sérieusement « l’honorabilité » de cette notabilité qui a toujours été soupçonnée, à tort ou à raison d’intelligence et de connivence, avec le grand banditisme et les divers réseaux de  trafic au Nord-Mali.

 

La nouvelle a fait l’effet d’une traînée de poudre le week-end dernier : lieutenant-colonel Maouloud Ould Mohamed a réussi l’exploit, samedi dernier à Inabague, de mettre hors d’état de nuire un groupe de bandits armés aux ordres, indique-t-on, d’une  « honorable » personnalité de Tessalit, hors d’atteinte. La bande était constituée d’une douzaine d’éléments puissamment armés, à bord de deux véhicules 4X4 dans lesquels se trouvait un arsenal de guerre conséquent et des munitions suffisantes. Information confirmée par un communiqué du ministère de la Défense et des anciens combattants.

Selon des informations concordantes aucun combat n’a véritablement eu lieu à l’occasion de la capture de ces douze éléments. Ce qui fait dire à certaines indiscrétions proches du dossier que les bandits armés se sont laissés prendre parce qu’ils croyaient avoir à faire aux hommes venant les récupérer en vue de leur prochaine intégration dans l’armée. En effet, selon ces indiscrétions, l’histoire frise l’arnaque et est digne d’un scénario tourné dans la jungle vietnamienne.

Loup ou agneau ?

En effet, apprend-on, le commanditaire supposé de la bande armée capturée, notre « honorable » personnalité, était à Bamako au moment où l’armée mettait le grappin sur ses hommes pour discuter des conditions et des modalités de leur reddition. Il devrait, selon les mêmes indiscrétions, rencontrer en début de week-end un haut responsable qui a autorité dans la gestion du dossier du Nord en vue de négocier une « sortie honorable » pour ses combattants, dans la mouvance des négociations en cours. Notons que les combattants dont il s’agit avaient déserté l’armée régulière pour rejoindre la rébellion au lendemain de l’assassinat du Commandant Barak, le 11 avril dernier.

Il se raconte également que l’honorable personnalité de Tessalit intervient dans le dossier en bon samaritain en vue de discuter des modalités de reddition de sa troupe et éventuellement de son intégration dans l’armée nationale. Il aurait donc précipitamment et imprudemment donné des assurances à ses hommes et leur aurait promis d’obtenir de Bamako leur intégration. Et leur demander même de se planquer dans un endroit précis en vue de leur récupération par l’armée qui les accueillerait à bras ouvert.

Aussi, indique des sources bien introduites, c’est dans l’attente de cette mission de récupération et d’un signal du médiateur dépêché à Bamako que la bande a été interceptée, désarmée et mise aux arrêts par des éléments de l’armée nationale qui étaient sous le commandement du lieutenant-colonel Maouloud Ould Mohamed.

Mais voilà, selon certaines sources, l’honorable personnalité de Tessalit a toujours été soupçonnée de banditisme et de trafics divers. Outre les armes à feu, il lui est en effet reproché de se livrer au commerce hautement lucratif de drogue. Toutes choses dont il s’est naturellement défendu, à différentes occasions, sans pouvoir toutefois convaincre de sa bonne foi et de sa sincérité.

A présent que ses liens directs ou indirects sont établis avec une bande armée, la polémique est relancée de plus belle et prend une autre tournure. Ce d’autant plus que certaines sources n’hésitent pas à pointer un doigt accusateur sur lui et le taxer de véritable parrain de la bande capturée samedi dernier. D’autres plus indulgents, pensent au contraire, que l’honorable personnalité n’est en fait qu’une personnalité morale, idéaliste, qui offre ses bons offices, son aide et son assistance pour le retour dans les rangs de « jeunes » qui un moment donné avaient retourné leurs armes contre leur propre Patrie.

Un très bel exutoire en tout cas qui pourrait merveilleusement dédouaner et donner le blanc seing à un homme dont la moralité a pourtant été toujours douteuse et sujette à caution par rapport à des activités jugées mafieuses. Faudrait-il pour autant pousser la naïveté au point de croire que le loup est donc devenu un agneau, un pasteur consciencieux qui ramène la brebis égarée dans l’enclos ? Assurément la prudence est de mise et une barrière qu’il faudrait se garder de franchir avec précipitation certains cadeaux étant des plus empoisonnés. Et pour cause… Cette connivence qui fait de lui un complice des bandits armés et un des multiples obstacles à la paix au Nord-Mali. Car au lieu de les dénoncer, il les cache, les aides et cherche à les soustraire à la justice en tentant d’obtenir leur réintégration dans l’armée.

Par T. Bertin DAKOUO

 

Nord-Mali

L’Etat doit s’assumer

Depuis que l’armée a mis hors d’état de nuire une douzaine de bandits armés, le week-end dernier, la lumière a été faite au moins sur deux points : les auteurs probables de certaines attaques récentes ; la bénédiction dont ils jouissent de la part de certaines notabilités. Le plus urgent dans ce mystérieux dossier étant pour l’Etat de s’assumer pleinement.  

 

L’arrestation des membres de la bande de  l’honorable  personnalité de Tessalit lève un coin du voile sur les auteurs véritables de certaines attaques récurrentes et récentes contre les forces armées et de sécurité et qui n’ont fait jusque-là l’objet d’aucune revendication. Notamment la dernière attaque de Aguel Hoc contre l’armée nationale. Et pour cause, révèle-t-on, parmi le lot d’armes enlevées, au cours de ces affrontements, certaines auraient été retrouvées sur les combattants arrêtés samedi par l’armée. Toutes choses qui font évidemment dire aux uns et aux autres qu’ils auraient pu avoir pris part à ces attaques. Au demeurant, il est curieux et plus que suspect que ces hommes se retrouvent avec des armes appartenant à l’armée sans avoir une quelconque connivence avec les auteurs des attaques.

Au-delà du factuel et de l’événementiel, ce qu’il convient d’examiner dans ce mystérieux dossier ce sont les principes et le respect de la légalité républicaine. En effet, dans le cas d’espèce, l’on est en présence d’une personnalité bénéficiant des égards de la République qui est soupçonnée d’accointance avec des bandits armés ; d’appartenance à une bande de malfaiteurs et de criminels et qui serait également impliquée dans divers trafics. Sans aucun faux procès à qui que ce soit, il faut admettre que les faits sont suffisamment graves pour que l’on ne s’y penche dessus. Au besoin ne faudrait-il pas lever une enquête parlementaire afin d’établir le bien fondé ou non des accusations et/ou des dénonciations ?

Dans tous les cas de figure, il est désolant de voir des personnalités si haut perchées fricoter avec des ennemis de la Nation. Par le passé on l’a vu avec le président de l’Assemblée régionale de Kidal qui a rejoint les bandits armés à Tégharghar. Il s’agit bien sûr du cas le plus célèbre depuis le début de la présente rébellion. Mais combien sont-ils les élus qui ont renié leur mandat électif et trahi la confiance en eux placée par les populations pour voler au secours des bandits armés ? Certes, il faut se garder de toute chasse aux sorcières et de toute politique qui frime avec le délit de faciès, mais une évaluation s’impose. La question n’est pas aisée à trancher et la prudence doit être le maître mot. Car, entre la famille et le mandat électif, il y a les liens de sang qui restent solides et déterminants dans tous les rapports de l’humain à l’humain, et de l’humain à la nature, tant au Nord-Mali qu’au Sud-Mali. Peut-on en vouloir à un élu dont le père, fils, le frère, le cousin majeur a choisi de rallier la rébellion ? Peut-on lui demander de le dénoncer et de le renier pour ce choix qu’il ne partage pas ? C’est le président de la République lui-même qui tranche la question, pour une fois avec sagesse et clairvoyance : « Je voudrais convier toutes les Maliennes et tous les Maliens à savoir faire la part des choses. Ceux qui ont attaqué des postes militaires à Kidal ne doivent pas être confondus avec nos autres compatriotes Tamasheq et proches qui vivent avec nous nos difficultés, qui ont choisi le Mali, qui ont choisi la loyauté et qui ont les mêmes droits que nous. Ne les confondez pas avec ceux qui ont tiré à Kidal (...) Il faut les aider, les assister, les encourager. Que personne ne fasse cette confusion dans les camps militaires, dans les camps de la Garde Nationale, dans les services de la Douane et tous les autres services de l’Etat, Administration publique comme privée. Ne faites pas un amalgame entre celui qui a tiré là-bas, sur un poste militaire, et l’autre Malien qui, ici, travaille et s’occupe de sa famille ».

Toutefois, ce qui est urgent, impérieux, c’est que l’activité des bandes armées est d’une dérive mafieuse et terroriste qu’il ne faudrait pas encourager et à laquelle il urge de mettre un terme à travers des mesures vigoureuses et radicales. Pour cela, il reste un impératif pour l’Etat malien, depuis le 23 mai 2006, de s’assumer et d’assumer sa souveraineté et ses prérogatives régaliennes sur l’ensemble de l’entité nationale. Restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, n’est et ne saurait être une quelconque violation de l’Accord d’Alger, encore moins une guerre ouverte à une communauté. Le Mali est un, et restera uni avec un Etat fort qui s’assume dans sa quête d’une paix durable et d’un développement harmonieux, solidaire, de toutes ses régions ou ne le sera jamais.

L’espoir n’est pourtant pas mort. Il faut rêver, un jour peut-être ASSUMER, PAIX et DEVELOPPEMENT auront le même sens pour tous.

Par Sambi TOURE et Bertin DAKOUO Info matin

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