NORD-MALI: IBRAHIM AG BAHANGA dément :«Diabaly, ce n’est pas moi»

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image Au Nord-Mali, on s’accorde sur tout sauf sur les termes. En tout cas, depuis l’Accord d’Alger, l’évidence semble fuyante, voire déroutante, quant à certains concepts. Les otages sont ainsi des prisonniers de guerre, et leurs ravisseurs qui sont officiellement dans le processus d’Alger n’ont jamais cessé d’attaquer l’armée malienne. Trêves et affrontements, médiations et prises d’otages émaillent ainsi le quotidien d’une région qui ne demande qu’une positive synergie pour amorcer son développement. 

Au regard de la donne sur le terrain, et des discours officiels, l’observateur perd véritablement son latin. En effet, voici des « héros » qui s’attaquent à des camps militaires, s’emparent d’armes et de munitions… pour développer leur région qu’ils ensemencent de mines et autres engins de la mort. En face, un Etat souverain qui, pour des raisons que lui seul intègre, accepte toutes sortes de concessions, parlemente et pactise avec des « bandits » (Accord d’Alger).

Le chaud et le froid

Au Nord-Mali, tout le monde veut la paix, tout le monde parle de paix, mais tout le monde presque  a son arme, sa bande ou son groupe, en tout cas tout le monde semble s’accommoder de la présence dans le bel décor lunaire de l’Adraar de ces armes, bandes, groupes et groupuscules qui mettent à mal une paix durable. Personne ne veut la guerre, ni les rebelles, ni l’Etat, encore moins les populations. Mais que fait-on depuis un certain tristement célèbre 23 Mai ?

La présence renforcée de l’armée au Nord-Mali face à des bandits armés, surarmés, ne peut proscrire une logique de confrontation, dès lors que ceux-ci pensent pouvoir en imposer à l’Etat souverain et obtenir le départ des troupes régulières de cette partie du pays qui n’aspire qu’à la paix et au développement. Là se trouve toute la problématique mais aussi la clé du problème, que même le plus simple des Coulibaly peut décoder.

En effet, comment demander à un Etat souverain d’abandonner une partie de son territoire en y retirant ses troupes sous le prétexte d’Accord avec des bandits armés ? Là se trouve aussi la limite de l’Accord d’Alger. Question d’interprétation ou fâcheuse précipitation qui a conduit à la signature du document du 03 juillet 2006 ?

Dans une constance déroutante, sur le sujet, le président de la République, Chef suprême des armées, recevant mercredi et jeudi dernier, des cadres, notables et élus du Nord-Mali impliqués dans le processus de médiation rappellera avec force la position de l’Etat : l’intégrité du territoire malien est non négociable ; les forces armées du Mali poursuivront leur mission de défense et de sécurisation du territoire national ; l’Accord d’Alger est le seul cadre de négociation.

Ibrahim Ag Bahanga et sa bande qui ont repris les armes en juillet dernier en se mettant du coup en marge du processus de paix et en dehors du cadre de l’Accord d’Alger jouent l’escobarderie. Dans leur logique terroriste et jusqu’au-boutiste, et sans déposer les armes, ils se disent favorables au processus de paix  et fidèles à l’Accord d’Alger dont ils demandent l’application, tout comme le président ATT ; mais « exigent » le départ de l’armée du Nord-Mali. N’est-ce pas là souffler le chaud et le froid ? Comment être dans l’Accord et continuer d’attaquer l’armée, tuer des soldats et prendre des otages ?

«Diabaly, ce n’est pas moi»

La main sur le cœur (n’étant pas un accroc du Coran comme Fagaga et Iyad), Ibrahim Ag Bahanga qui a fondé son mouvement (Alliance touarègue Nord-Mali pour le changement) en dissidence avec le mouvement officiel (Alliance du 23 mai pour la démocratie et le changement), jure qu’il n’est ni de près ni de loin impliqué dans l’attaque de Diabaly : « Diabaly, ce n'est pas moi. Je suis dans l'Accord (de paix) d'Alger (signé en 2006). Il faut que le gouvernement malien aussi respecte l'Accord d'Alger » (AFP). Qui a donc perpétré l’attaque ignoble de Diabaly ?

Pourtant, mercredi dernier, le porte-parole de l’Alliance Touarègue Nord-Mali pour le changement, son beau-père Hama Ag Sidi Ahmed avait revendiqué l’attaque et annoncé la rupture du dialogue avec l’Etat en des termes non équivoques : « « Il y a rupture parce que le contenu du Protocole d’Entente de Tripoli n’a pas été respecté. Il est caduc quelque part puisque la partie malienne ne souhaitait pas le respecter ou plutôt discuter de son contenu. L’essentiel, c’est à dire les conditions du cessez-le-feu qui avait été signé à Tripoli, c’était qu’on s’entende sur un calendrier de l’allègement de l’armée dans la région de Kidal. Après avoir signé effectivement ce protocole, la partie gouvernementale a rejeté complètement la mise en place de ce calendrier. Donc pour nous, le contenu du cessez-le-feu n’a pas été respecté par la partie gouvernementale, je veux parler toujours des conditions du cessez-le-feu. Sur le terrain il n’y a pas réellement un cessez-le-feu qui est mis en place. On est dans l’impasse. Ce qui fait que suite à l’assassinat du commandant touareg, plusieurs officiers supérieurs et hommes de rang de la région de Kidal ont regagné effectivement la rébellion qui secoue le Nord du Mali depuis mai 2007. Plusieurs bases ont effectivement été installées dans le Nord du Mali pour faire face à cette situation ».

Qui croire ? Le Père (Hama Ag Sidi Ahmed) ? Le Fils (Ibrahim Ag Bahanga) ? Ou le saint Etat qui ne communique pas du tout ?

Selon certaines versions, les bandits qui ont attaqué Diabaly avaient été aidés par le commandant  du camp de Diabaly HAIDARA qui dément catégoriquement dans les colonnes de notre confrère Mali-demain : « ma famille, mes enfants et mes animaux sont là. Je ne suis pas mêlé dans cette affaire. Le fait de m’accuser à tort, n’avancera pas les choses. Je suis serein et je suis là avec les populations que nous défendons avec fierté. Il n y a pas eu de blessés ni de morts parmi notre population ».

Nouvelle équation du Nord

L’équation du Nord-Mali intègre aussi cette dose de confiance qui se désintègre dangereusement. Si les rebelles accusent l’Etat de traîner dans la mise en œuvre de l’Accord d’Alger, la question de la confiance à des bandits armés, imprévisibles et incontrôlables, se pose avec objectivité au regard des attaques incessantes contre l’armée et les paisibles populations. Du reste, comment assimiler le renfort des troupes dans un Nord-Mali en paix à toutes sortes de bandes armées et groupuscules terroristes, à une provocation contre les rebelles et à une volonté de l’Etat souverain du Mali de rompre la trêve ?

Comment bâtir aujourd’hui une paix durable au Nord-Mali avec des bandits armés qui jouent double-jeu ? L’épisode de mars dernier reste à cet égard éloquent quant à l’inconstance et à l’incohérence de la rébellion conduite par Ibrahim Ag Bahanga. En l’espace de deux semaines, il libère 20 otages et reprend 33 nouveaux ! Dans la foulée, il dément avoir attaqué Aguelhoc, son beau-père de porte-parole confirme que c’est bien lui. Idem pour l’Attaque de Diabaly, sauf qu’à la décharge de Ibrahim Ag Bahanga, tout le monde sait que le Vieux Hama est un agitateur, un propagandiste manipulateur, à la limite un hâbleur.

Aussi, en créditant Bahanga de tout le sérieux et en lui prêtant foi, (il n’est pas connu comme un blablateur), l’attaque de Diabaly ne serait donc pas l’œuvre de l’Alliance touarègue Nord-Mali pour le changement. Et, on peut douter que le petit groupe Merzouk, dont on sait la zone de prédilection cloîtrée entre Tessalit et Aguelhoc, puisse avoir la capacité logistique conséquente de mener deux attaques simultanées aussi éloignées l’une de l’autre. Diabaly n’étant pas à la lisière d’Aguelhoc, il faut alors craindre qu’on n’ait à faire face à un nouveau groupe dissident à la frontière mauritanienne. Ce qui nous ferait trois bandes armées à combattre en même temps : celle de Bahanga, celle de Merzouk, celle qui a attaqué Diabaly.

Ce ne sera pas une guerre contre la rébellion, mais très officiellement « une mission d’inspection et de contrôle », bref, « un simple maintien d’ordre ».

Affaire à Suivre

Par Sambi TOURE Info Matin

 
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