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Soungalo avait des doigts de fée et une solide expertise. Tout cela utilisé pour la mauvaise cause
Il y a des choses qui changent radicalement, et sans que l'on ne s'en rende compte immédiatement. Il en est ainsi de la possession des motos dans notre pays. Dans un temps pas si lointain, celles-ci constituaient un signe extérieur d'aisance. On se souvient du prix des premières Djakartas. Il fallait se saigner aux quatre veines pour se donner le plaisir de monter dessus. Mais une fois sa moto acquise, l'heureux propriétaire était confronté à un souci majeur : comment assurer la sécurité d'un engin, convoité de tous les voleurs. Beaucoup sont ainsi devenus insomniaques à force de sursauter au moindre bruit suspect dans leur cour où était garé la précieuse moto. Aujourd'hui, les choses sont, on ne peut plus, différentes. Les engins à deux roues ont envahi la capitale malienne. Les Djakarta qui coûtaient naguère une fortune se négocient maintenant à tous les prix. Les Yahama 10 de fabrication chinoise ont fait chuter le prix de cet engin dont la possession n'est plus synonyme de confort financier. Les prix sont tellement abordables que beaucoup de services accordent des crédits à leurs employés pour que ceux-ci acquièrent les engins de leur préférence. Une corpulence impressionnante : Soungalo qui avait commencé prudemment est devenu de plus en plus audacieux au fur et à mesure qu'il réussissait ses coups. Ses exploits répétés firent que le commissariat du 10e Arrondissement enregistra un nombre croissant de plaintes au cours des dernières semaines. La plupart des victimes racontaient la même histoire : ils se réveillaient un matin pour avoir la mauvaise surprise de constater qu'une pièce importante de leur moyen de locomotion manquait. Le voleur avait sa spécialité : il se montrait particulièrement habile dans le démontage des pneus avant et des cadres des motos Djakarta. Quelques-uns des plaignants firent même des aveux surprenants. Ils assuraient avoir aperçu le voleur en plein opération. Mais ils s'étaient bien gardés de l'interpeller ou même de crier pour alerter les voisins. Pour la simple et bonne raison que l'homme était visiblement très grand et d'une corpulence impressionnante. En plus, racontent le témoin, il avait toujours à côté de lui un très gros sac qui semblait contenir une arme à feu, sans doute un fusil. Sans résistance : Leur persévérance finit par payer. Dans la nuit 20 janvier, alors que les policiers faisaient leur ronde habituelle, ils tombèrent sur un homme dont la corpulence correspondait à la description des victimes en train de démonter une moto dans un garage. Le gardien était bien présent, mais il dormait à poings fermés. Les agents décidèrent d'agir sans précipitation. Ils s'approchèrent sans bruit de leur suspect qui ne s'était pas aperçu de leur présence. Ils se postèrent ensuite dans l'ombre d'un mur et suivirent attentivement ce que faisait l'homme. Ils se doutaient bien que l'homme était un voleur, mais ne voulaient intervenir qu'après en avoir acquis la certitude absolue.
Les voleurs se sont donc adaptés à la nouvelle conjoncture. Ce n'est plus aussi intéressant pour eux de voler un engin en entier. Par contre, vu la relative fragilité des motos et surtout la fréquences des accidents, certains pièces des moteurs et des carrosseries sont particulièrement demandées. C'est donc dans ce créneau que se sont recyclés certains petits malins, particulièrement habiles et rapides de leurs mains. Soungalo Doumbia est l'un d'entre eux. L'homme a particulièrement bien préparé son affaire. Il s'est donné une couverture en s'installant comme réparateur de motos et s'est même construit un atelier situé à la Zone industrielle, en bordure de la route. Le jeune homme s'occupe là pendant la journée avant de se transformer en prédateur la nuit et de sillonner toute la ville à la recherche d'engins dont les propriétaires se montreraient peu vigilants.
Armés de cette description, les éléments du commissaire Mady Fofana, commissaire divisionnaire, commissaire en charge du 10e Arrondissement à Niamakoro, avaient alors entrepris de procéder à des patrouilles sectorielles permanentes. Un groupe dirigé par l'inspecteur Samou, composé du sergent Sanou et du stagiaire Abdoulaye Maïga, avaient choisi de quadriller tout spécialement les environs de la route communément appelée "Les 30 mètres" et également l'intérieur des quartiers d'où venait la majorité des plaignants. Tous les soirs à une heure tardive, en tenue civile, les trois policiers passaient et repassaient à travers les rues et ruelles des quartiers dont la sécurité des personnes et des biens relèvent de leur commissariat. Il leur arrivait de suivre la lisière de la ville en direction de l'aéroport de Bamako-Sénou.
L'homme procéda avec rapidité et savoir-faire. Il démonta avec une facilité déconcertante le moteur de l'engin dont il retira certaines pièces. Puis il démonta toujours avec la même expertise la roue avant de la moto. Il quitta ensuite le garage à pas feutrés, mais n'alla pas très loin. Les policiers l'encerclèrent et se présentèrent à lui. Soungalo Doumbia jeta furtivement un regard à l'alentour, mais il s'avisa rapidement que toute tentative de détaler serait vouée à l'échec. Il se rendit donc sans opposer la moindre résistance. Il observa la même docilité lorsqu'il fut amené au commissariat. Là, il passa sans tarder aux aveux. Il était effectivement mécanicien (il donna l'adresse de son atelier de réparateur à la Zone Industrielle), ce qui explique son aisance à opérer. Ce n'est pas l'équipement qui lui fait non plus défaut. Dans le gros sac de voyage qu'il transportait, se trouvait non pas un fusil, mais un assortiment extraordinaire de clés. Il y avait là de quoi démonter proprement une moto et même (selon les spécialistes) de quoi désosser une voiture.
L'homme a déjà été auditionné par le chef de la brigade de recherche et de renseignements, l'inspecteur principal Maky Sissoko, dit Le Sphinx. Au passage de notre équipe, les policiers s'apprêtaient à le convoyer devant le procureur de la république près le tribunal de première instance de la Commune V. Comme De Gaulle et Bagaré dont nous évoquions le cas hier, Soungalo sera jugé dans les meilleurs délais. Et il sera probablement envoyé dans un endroit où ses doigts de fée et sa parfaite connaissance des motos lui seront de peu d'utilité.
G. A. DICKO (L'ESSOR)





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