Bamako : défilé pour Sidibé

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Le crépuscule est tombé depuis peu sur Bamako, et une petite brume se dessine à travers les halos des phares des motos. La chaleur étouffante de la journée a fait place à une fraîcheur attendue, qu’une brise agréable nourrit. Les commerçants rangent leurs étals et s’apprêtent à savourer une soirée bien méritée.
Non loin, des silhouettes se pressent sur la route de Sotuba. Le tout nouvel espace culturel des Quartiers d’Orange, du nom de l’opérateur téléphonique qui a investi dans le projet, a ouvert ses portes trois jours plus tôt. Réhabilité pour l’occasion, un hangar offre une partie de ses 2 000 m2 de superficie aux clichés du Français Antoine Tempé. Des portraits de danseurs, de comédiens, d’artistes africains. Et d’un photographe pour qui Bamako s’est mis sur son trente et un : Malick Sidibé.

L’occasion était trop belle. Pour leur septième édition, les Rencontres africaines de la photographie ont voulu célébrer celui qui a reçu, le 10 juin dernier, un Lion d’or à Venise pour l’ensemble de sa carrière.
Des seaux blancs sur lesquels sont reproduites des photos du maître posés sur des colonnes dessinent une allée qui mène le visiteur vers un univers dédié à celui qui, avec Seydou Keïta, décédé en 2001, est considéré comme le père de la photographie malienne. Théières, fauteuils, lampes, et même une chambre à coucher… tout est Sidibé. Un pagne à son effigie vient d’être créé et a inspiré deux jeunes artistes, une Malienne, Sokona Tounkara, et une Française, Sandra Derichs, qui souhaitent commercialiser ces objets. Il existe sans conteste dans le milieu de l’image un phénomène Sidibé. À tel point que son studio est devenu le passage obligé pour tout amateur de photo.

Modeste, Malick Sidibé, grand basin couleur crème, petit chapeau blanc, s’amuse de toute cette effervescence autour de lui et joue le jeu. Il a glissé autour de son cou son mythique SemFlex, l’appareil avec lequel il a immortalisé le Mali des années 1970. Tout comme, quelques jours plus tôt, il posait avec son Lion d’or devant les journalistes venus visiter le Studio Malick.
Accompagné d’André Magnin, le « gourou » français de l’art africain contemporain qui l’a découvert au début des années 1990 et qui est devenu au fil du temps son « agent exclusif », il s’installe le long d’un podium imaginaire. Soudain, les premières notes de Sankara de Fela Kuti résonnent. Des mannequins, bien réels, habillés par la créatrice Mimi Konaté, défilent au rythme de l’afro-beat. Robes longues, petites jupes, pantalons, chemises cintrées, boubous sont taillés dans des étoffes imprimées des œuvres de l’artiste. Ce n’est pas la première fois que les clichés noir et blanc du Malien nourrissent l’univers de la mode. Déjà, en 2005, ils avaient inspiré le couturier français Franck Sorbier. L’œil taquin, celui dont on murmure qu’il a trois femmes et dix-sept enfants admire les jeunes beautés défilant devant lui. Pour lui. Ce soir, Malick est roi.

par SÉVERINE KODJO-GRANDVAUX (Jeune Afrique)

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