Femmes et journalisme (1) : CES AMAZONES DE LA PLUME ET DU MICRO

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image Elles sont nombreuses à s'imposer dans le métier par leur talent et leur abnégation
Le temps a fait son oeuvre. Les deux mots «Femme et journaliste» étaient rarement prononcés chez nous entre 1960 à 1990. Ils faisaient rêver plus d’une étudiante.

A contrario ils faisaient fantasmer ou vitupérer plus d’un misogyne. La femme journaliste n'est plus, aujourd’hui, une curiosité. Cette réalité survient au moment où la profession de journaliste dans son ensemble est pointée du doigt et même discréditée dans notre pays.
À la suite des événements de Mars 1991 la liberté de la presse est devenue une réalité. Les journaux et les stations de radio privés ont fleuri partout. L'expression libre des opinions s’est développée. Mais hélas, la liberté de la presse a accouché d'une monstrueuse banalisation de la profession de journaliste. En même temps qu’elle perdait de son prestige, disparaissaient peu à peu les mythes qui auréolaient le "quatrième pouvoir".
Le métier est resté pendant longtemps l'apanage des hommes. Mais à partir de ces dix dernières années, les Maliennes se sont décidées à forcer la porte. Elles ont gagné le combat grâce à leur talent, la qualité de leur plume et la douceur du timbre de leur voix. Les femmes journalistes ont arraché la reconnaissance tant au niveau national qu’international. Elles sont nombreuses à le faire. Les lecteurs se souviennent encore des belles plumes comme Mme Sow Awa Mariko, Rose Bastide et Rokiatou Bah, les pionnières dans la presse écrite. Au niveau de la presse audiovisuelle, Aïssata Cissé et Touré Sadio Ouédraogo, Fatim Sidibé sont des preuves éloquentes de la réussite des femmes dans le métier. Elles ont été des personnalités respectées à maints égards par nos compatriotes. Des millions d'admirateurs ne rataient jamais leurs journaux radiodiffusés ou télévisés.
Malgré la détermination et la réussite au plan professionnel de ces pionnières, les femmes restent largement minoritaires dans la profession. Le registre des titulaires de la carte de presse recense seulement 29 femmes contre plus de 400 hommes. Parmi les 29 détentrices de la carte de presse, seules 18 exercent encore le métier.

Par vocation. La plupart des femmes journalistes nous ont assuré qu'elles sont entrées dans le métier par vocation. Elle ont réalisé leur ambition de paraître sur le petit écran, d’être écouté à la radio ou de signer les articles. Le témoignage de Nianian A. Traoré est édifiant. «Je rêvais d’être journaliste depuis l’enfance. En regardant les présentatrices du journal télévisé, j’avais la chair de poule. Aujourd’hui j’ai pu réaliser mon rêve. Je suis journaliste. Même si je ne présente pas encore les nouvelles du soir à la télévision. J’ai beaucoup appris dans le journalisme».
Elle ajoute que le métier est stressant car le journaliste doit écrire son papier et le rendre dans des délais limités. La jeune journaliste tire déjà une leçon de son parcours. «En tant que journaliste, je dois être toujours disponible et aimable. Cette ouverture d'esprit est nécessaire pour entrer dans la vie des gens et s’intéresser à tout ce qu'ils font. Ensuite il faut avoir la capacité intellectuelle de retranscrire fidèlement la réalité vécue, entendue et observée», conseille Nianian aux futures journalistes.
Dans le métier, les femmes n'échappent pas généralement aux rubriques traditionnellement considérées comme féminines. Le social, l’éducation et la famille. La politique reste toujours réservée aux hommes. Les bastions considérés comme la santé, l’économie et la culture sont à présent largement ouverts. Mais une jeune journaliste ne cache pas sa frustration. «Dès qu’une rubrique ou un sujet prend de l’importance et jouit d'une grande audience, la journaliste en charge a le plus grand mal à conserver son émission ou sa rubrique".
Mme Maïga Fatoumata Maïga, directrice de publication de la revue mensuelle «Sira», pense que les femmes journalistes dans notre pays ont surtout un problème de disponibilité. «Les contraintes socioculturelles font que les femmes, contrairement aux hommes, n’ont pas le droit de rester tard en dehors de leur foyer. Les confrères ne sont pas plus compétents que nous. Pour être rédactrice en chef d’une rédaction comme celle de L’Essor par exemple, il faut être très disponible, ce qui n’est pas facile pour une épouse», témoigne-t-elle.
Pour Sékou Oumar Doumbia (DSO) du quotidien national L'Essor, les tentatives de déstabilisation ne doivent pas faire baisser les bras aux femmes. Le journaliste professionnel, estime-t-il, dispose de plusieurs ficelles pour se faire valoir à tous les postes de la chaîne de travail de la diffusion de l'information. «Le journaliste est de nature curieux. Il s’intéresse à tout», constate-t-il en assurant que le journalisme est le métier le plus ouvert du monde, très attractif, emblématique dans toutes les sociétés. "Ceux ou celles qui y exercent se maintiendront sous les feux de la rampe en se remettant en cause continuellement au contact des autres, puissants ou pauvres. C’est vous dire que le journalisme, science sociale par essence, est le domaine de l’excellence. Le médiocre et le paresseux ne feront jamais carrière dans un journal, une radio, une télévision", explique le doyen qui insiste sur la nécessité de la culture générale. «Les journalistes ne peuvent pas tout savoir. Mais ils doivent savoir comment savoir», souligne-t-il, ajoutant que cette exigence fait du journalisme un art et des articles des tranches de délices pour stimuler ou apaiser l'esprit.

Doussou Djiré

ENCADRE

ELLES VOLENT DE LEURS PROPRES AILES
Elle sont nombreuses les femmes journalistes qui ont décidé de voler de leurs propres ailes en créant des organes de presse et des stations de radio privés. La radio «Guintan» de Ramata Dia est l'une des plus écoutées de la capitale. Il en est de même pour le journal «Kabako» de Makoro Camara. A côté de ces réussites grand public, une presse spécialisée destinée aux femmes se développe. Le paysage médiatique s'est enrichi des magazines «Nyéléni» de Maïmouna Coulibaly, «Sira» de Mme Maïga Fatoumata Maïga, «Dido» de Nianian Alou Traoré. Il faut aussi mentionner la page thématique "Femme" que L’Essor consacre à la gent féminine tous les vendredis. Ces publications spécialisées se consacrent à l'alphabétisation, à l'éducation des femmes.
Mme Maïga Fatoumata Maïga, directrice de publication de la revue mensuelle «Sira», explique qu'elle a pensé que ce serait intéressant d’ajouter ma modeste contribution à l'enrichissement du paysage médiatique. «Il y avait un nombre très réduit de revues féminines dans l’espace médiatique national. J’ai pensé que ce serait intéressant d’ajouter ma modeste contribution. D’où la création de "Sira". Ce fut une expérience très passionnante», souligne-t-elle.
La directrice de publication de la revue mensuelle «Sira» encourage la nouvelle génération des femmes journalistes à se former, à se cultiver. "Le journalisme est un métier passionnant. Mais c’est un métier qui vit des nuances. Chaque jour est différent. Le quotidien est meublé de nouvelles rencontres. On apprend des choses jour après jour. Une plume, un style alerte, un caractère curieux, un esprit critique, sont les qualités requises pour se lancer dans ce métier», conseille la doyenne des femmes journalistes de "L’Essor".

D. D.
(L'Essor)

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