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Très tôt, il apprend à lire des partitions musicales, avant même d’être scolarisé. Ainsi moulé et initié précocement, et surtout très éveillé, il prend, du coup, de l’avance sur les autres gamins de sa génération.
A l’instar des Manu Dibango, Dr Nicolas Kasanda dit Nico, et autres Tabu Ley alias Rochereau, sinon bien avant eux, Francis Bebey était devenu ce qu’il est convenu d’appeler le premier ambassadeur de la culture africaine auprès de l’Occident.
Musicien et musicologue
Francis Bebey naît en 1929 à Douala, au Cameroun. Son père, un Pasteur baptiste, lui inculque des cantiques protestants et des airs de musique classique à l’occidentale. Ainsi, à l’insu de sa famille, il frèquente un voisin chez lequel il “chatouille“ la harpe traditionnelle.
La force musicale de Francis Bebey, qui fut à l’origine de sa célébrité, c’est sa grande curiosité à étudier les sonorités des instruments traditionnels africains, et souvent, à les combiner avec des airs modernes.
Dans son repertoire, il intègre, bien plus tard, les airs polyphoniques des Pygmés (une ethnie du Cameroun). Dans les annés 1940, il commence par jouer du banjo, avant d’adopter la guitare à laquelle il joint les flûtes pygmées et la sanza, son lamellophone préféré qu’il baptisera “le piano à pouce“ (on le joue avec les deux pouces). Francis Bebey finira ainsi par devenir un musicien complet : il chante et joue tous les instruments, aussi bien traditionnels que modernes.
En 1951, il débarque en France. Avec le saxophoniste Emmanuel Dibango, dit Manu, il monte un trio qui fait des “tabacs“ au très populaire Quartier Latin, l’endroit le plus fréquenté, à l’époque, par les immigrés africains et étrangers. Mais cela ne l’empêche pas de s’inscrire à la Sorbonne, pour passer une Licence en Anglais. Ensuite, il s’envole pour les Etats Unis où il étudie le Journalisme et la Communication. Il retraverse l’Océan Atlantique pour se rendre au Ghana, dans le cadre du Panafricanisme.
En cette période de fin de guerre (celle de 1939-1945), il s’implique activement pour la création et la mise en place d’une Radio française. Cette exppérience le ramène à la Société de Radiodiffusion de la France d’Outre-Mer (SORAFOM), l’ancêtre de l’actuelle Radio France International (RFI) où, pendant un temps, il s’occupe de faire des reportages culturels.
Lorsque surviennent les indépendances africaines, Francis Bebey entre comme diplomate à l’UNESCO où, pendant quinze ans, il dirige le département Musique, à la place Fontenoy (Paris), avant de rendre le tablier, poussé par l’envie musicale et le désir de sortir de l’étroitesse et des contraintes de ses fonctions.
Des années plus tard, il sera nommé Membre du Haut Conseil de la Francophonie, une fonction qu’il exerce avec prudence et sagesse aux côtés du premier Président du Sénégal, un certain Léopold Sédar Senghor.
En 1968, grâce à son roman “Le fils d’Aghata Moudio“, il reçoit le Grand Prix Littéraire de l’Afrique Noire. Cette année-là, l’American Center (centre américain de Paris) découvrira un poète-musicien africain d’un genre tout nouveau.
Poète, conteur, compositeur...
En un seul homme se sont réunis tous les talents culturels et artistiques, car Francis Beby fut conteur, compositeur, écrivain, musicien, musicologue, poète, homme de théâtre... Son disque intitulé “Le chant d’Ibadan“, paru depuis 1965 chez OKORA (maison de disque), passe presque inapercu.
Son vrai premier vinyle sur disque, “Idiba“, paraît en 1972. Mais c’est “Aghata “, son titre-phare contenu dans son disque “Le rire africain“, qui fera des ravages, en matière de vente et de succès.
D’autres titres tout aussi “ravageurs“ paraîtront par la suite. Entre autres : “La condition masculine“, “Si les Gaulois avaient su“. Viendra ensuite ”Amaya N°2“, un disque qui sera nommé plus tard “Lambaréné Schweitzer“ . En 2000, un autre album paraît chez la maison GRAVITY RECORDS : “Mbira Dance“.
A la demande du groupe KRONOS QUARTET, Francis Bebey confectionne une oeuvre pour quatuor à cordes et flûte pygmée. Ensuite, il compose une pièce pour sanza et violoncelle pour Sonia Wieder Atherton, une violonniste française née aux Etats Unis.
Sur un album inititulé “Didiyé“, confectionné par ses fils, Francis Bebey enregistre un morceau appelé “Stabat Mater Dolorosa“. Ensuite, il met en musique l’ouvrage de Birago Diop intitulé “Souffle“.
En 1975, sous le titre “African Music People’ s Arts“, son ouvrage “Musique de l’Afrique“ (Editions HORIZONS 1969) sera traduite en Anglais par l’éditeur Lawrence Hill and C°. Et une de ses toutes premières pièces composées sera “L’été du lac Michigan“.
En 1968 déjà, il gagnait un Prix Littéraire grâce à son roman “Le fils d’Aghata Moudio“. Il écrira d’autres pièces telles que “La poupée Ashanti“ (Edition CLE) en 1972, “La lune dans un sceau tout rouge“ (Ed. HATHIER) en 1989, “Le ministre et le griot” (Ed. SEPIA) en 1992, “L’enfant-pluie” (Ed. SEPIA)...
Le 28 Mai 2001, Francis Bebey quitte ce monde, mais non sans avoir recommandé à sa famille de répandre ses cendres au dessus du mont Cameroun, après sa mort. Mais depuis belle lurette, ses enfants s’étaient déjà partagés l’héritage culturel du père Francis : un de ses fils, Patrick, est pianiste ; un autre, Poups, est saxophoniste; et sa fille, Kidy, est... journaliste.
Oumar DIAWARA Soir de Bamako




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