La Cyrénaïque est décidée à mener son printemps à son terme. Et c'était prévisible. Sauf pour les forces d'occupation qui ont préféré garder la tête dans le sable. A moins que le dépeçage de la Libye ne fût un objectif dès au début. En clair, remettre en cause le projet de nation que l'ancien Guide, malgré ses défauts pendables, avait pu proposer et faire respecter.
Les arguments de la Cyrénaïque ne sont pas farfelus, car touchant à la question très sensible de partage des ressources qui est, en partie, à la base de l'amputation négociée du Soudan. Presque partout sur le continent, les zones minières sont de béantes excavations victimes d'un véritable génocide environnemental. Elles sont, de surcroît, livrées à la loi des multinationales. Et le plus souvent, elles ne bénéficient que d'un faible retour de l'investissement.
Car les retombées financières des industries extractives, presque partout sur le continent, sont happées par des États boulimiques pour lesquels seuls comptent le confort des élites bureaucratiques et les fausses vitrines des capitales. Au bout du compte, tant dans la Cyrénaïque que dans d'autres eldorados pillés de nos États, la révolte pour les ressources renvoie à un souci d'équité et de démocratie. Mais l'équité n'est pas forcément dans la scission mais dans la juste redistribution des richesses et des opportunités entre les citoyens.
Et s'il est vrai que l'aboutissement normal des printemps arabes réside dans le « dés-accaparement » des richesses nationales par les princes, il est tout autant vrai qu'une Libye convalescente ne peut replonger dans une nouvelle guerre. Impunément pour elle.
Et impunément pour un Sahel déjà irradié. Mais malédiction ou baraka, les capitales occidentales sont là peut-être pour faire respecter le bon droit de chaque peuple producteur de pétrole à l'autodétermination. Elles l'on fait pour le Sud Soudan. Elles ont donc une jurisprudence pour la Cyrénaïque. Seul espoir : une autre coalition contre Tripoli est plus difficile aujourd'hui face à l'indifférence sur la Syrie où, dans leur quête pour plus de liberté, 9800 personnes ont été assassinées, 63 000 portées disparues et 212 000 détenues.
Adam Thiam
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