
Quinze jours, voilà le temps qu’aura duré le règne de la junte malienne qui a renversé le président Amani Toumani Touré (ATT) le 22 mars 2012. Pris en tenaille par les sanctions et les pressions de la Communauté internationale, notamment la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), les putschistes avaient été contraints de se dégonfler, de renoncer au pouvoir, ce qui a permis d’enclencher les procédures constitutionnelles en matière de vacance du pouvoir.
Ainsi, Diocounda Traoré, le président de l’Assemblée nationale, a été investi président de la République du Mali et une amnistie générale a été accordée aux militaires. Les pourparlers maliens se sont tenus à Ouagadougou dans le but de mieux planifier et gérer la transition.
Alors même que le président Diocounda venait de nommer l’oiseau rare, le fameux Premier ministre de consensus doté des pleins pouvoirs, en la personne de Cheick Modibo Diarra, on a appris avec stupeur que les putschistes ont opéré une vague d’arrestations de militaires et de personnalités politiques. D’autres arrestations ont encore eu lieu dans la nuit de mardi à mercredi dernier. En faisant la nique aux institutions républicaines, l’ex-junte, qui a gardé intacte sa capacité de nuisance, rappelle à tous ceux qui semblaient l’oublier que, malgré le retour à l’ordre constitutionnel, elle reste le véritable capitaine à bord du navire battant pavillon malien.
Du coup, cette situation pose avec la plus grande acuité la question de l’existence, voire de la place des ex-putschistes dans le nouveau dispositif du pouvoir exécutif malien. Si tant est qu’on est vraiment revenu à un ordre constitutionnel, ces militaires ne peuvent, en aucun cas et de leur propre chef, décider d’arrêter des gens et de les embastiller.Le bicéphalisme de fait qui a cours sur les berges du Djoliba porte en lui-même les germes des éventuelles avaries de la période de transition qui vient de s’ouvrir au pays de Soundjata Kéïta. Et dans ces conditions, il ne serait pas étonnant un jour de voir les mutins de Kati reprendre carrément le pouvoir à Bamako.A présent, par suite des récents développements, on a le sentiment qu’avec l’Accord-cadre pour un retour à l’ordre constitutionnel, on n’a rien réglé en réalité. On a vite fait de pondre un papier, un accord pour contenter tout le monde, mais, à l’épreuve du terrain, il ne marche pas. La preuve est que l’ex-junte, au lieu de retourner en caserne et d’obéir aux ordres du pouvoir exécutif, entend jouer au mieux au veilleur, au pire, au guide de cette période de transition.
Alors on peut légitiment se demander pourquoi, lors des négociations, on n’a pas eu le courage de dissoudre le CNRDRE (Conseil national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat de droit).
On convient qu’un accord, surtout comme celui-là, goupillé en si peu de temps ne peut pas tout régler, car contenant beaucoup de faiblesse et d’omissions. Il faut forcément des accords additionnels pour parfaire les choses et avancer. C’est pour cela qu’il aurait fallu prévoir un cadre permanent de concertation qui pourrait permettre, justement, de polir les aspérités de l’Accord-cadre.
Reste à espérer que les médiateurs de la CEDEAO, qui sont retournés à Bamako, sauront convaincre l’ex-junte qu’elle n’a plus de rôle politique à jouer et que sa place est dans la caserne. Si cette vérité n’est pas assenée aux putschistes, il faut craindre qu’ils ne continuent de faire les django dans la république avec, à la clé, de graves risques de retour à l’Etat exception.
Les 40 jours constitutionnels de la transition sont déjà entamés, et il ne reste pas plus d’un mois. Il urge donc de trouver un mécanisme pour la poursuite de cette transition aux multiples défis. Le président Diocounda Traoré, qui s’est borné à indiquer qu’il n’était pas au courant des arrestations, n’a publiquement rien entrepris pour que les embastillés de Kati recouvrent la liberté. Pourtant, le président a intérêt à vite reprendre la main sur l’ex-junte, sinon sa crédibilité et celle de son Premier ministre seront écornées. Et au finish, le peuple malien, parce que voguant entre Etat de droit et Etat d’exception, sera bien contraint de jouer au Sisyphe de la démocratie.
San Evariste Barro
L’Observateur Paalga -
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