Un calme "précaire" est revenu mardi 15 mai à Gao, dans le nord-est du Mali, au lendemain de manifestations de colère de centaines d'habitants contre les groupes armés, en particulier islamistes, qui occupent la ville depuis un mois et demi."Le calme est revenu, mais c'est un calme précaire", a déclaré Abdoulaye Babalaye, informaticien à Gao. "Les populations attendent la plus petite provocation pour descendre dans les rues", a-t-il ajouté. Selon un autre témoin, Ali Souaré, animateur d'une radio locale, une quarantaine de jeunes sont sortis dans les rues de Gao mardi matin avec des drapeaux du Mali, en criant "Vive le Mali". "Il n'y a pas eu de débordement", a affirmé M. Souaré.
"On sent aussi une tension entre Ansar Dine et le MNLA", deux des groupes armés qui occupent la ville, ajoute M. Babalaye. Ansar Dine (Défenseur de l'islam) est un mouvement islamiste armé dirigé par Iyad Ag Ghaly qui veut imposer la charia (loi islamique) dans tout le Mali et qui est épaulé par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) est un groupe armé touareg laïc qui revendique l'indépendance du nord du pays.
INTERDICTION DE JOUER AU FOOTBALL
Lundi 14 mai, au moins cinq personnes ont été blessées, dont une par balle, pendant la première manifestation de colère à Gao contre ces groupes armés. Les manifestants, parmi lesquels des jeunes, ont brûlé des pneus dans les rues, voulant ainsi exprimer leur exaspération contre la mainmise de ces groupes sur la ville, notamment l'interdiction qui leur est faite par les islamistes de jouer au football ou de regarder la télévision. Des hommes armés ont riposté, tirant par moments sur les manifestants.
Le Collectif des ressortissants du Nord (Coren), qui rassemble plusieurs organisations représentant cette région, note dans un communiqué que face aux"brimades quotidiennes", aux "humiliations de toutes sortes" et "surtout au sentiment d'abandon par les autorités politiques et militaires, les populations ont fini par s'organiser pour résister". Il assure "toutes les populations du nord de notre pays de son soutien et de sa détermination à les appuyer", les appelant "a résister par tous les moyens".
ATTEINTES AUX DROITS DE L'HOMME
Les groupes armés ont profité du putsch militaire qui avait renversé le 22 mars le régime du président Amadou Toumani Touré (ATT), pour accélérer leur offensive dans le nord du Mali, prenant en trois jours, du 30 mars au 1er avril, le contrôle de Kidal, Gao et Tombouctou, les trois capitales des régions administratives de cette vaste zone aride du Mali.
Selon plusieurs ONG, de nombreuses atteintes aux droits de l'homme, notamment des viols, ont, depuis, été commis dans ces régions également confrontées à des pénuries alimentaires aggravées par la sécheresse.
Lemonde.fr
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