C'est à travers cette marche de protestation que la presse malienne a exprimé son ras-le-bol. Victime des humeurs des forces assaillantes depuis le coup d'Etat du 22 mars 2012, elle se voit confisquer la liberté d'expression qui lui est immaculée.
L'enlèvement et l'agression physique lâche du doyen Saouti Labass Haidara, directeur de publication du quotidien « L'Indépendant », dans la nuit du 12 au 13 juillet dernier par six individus, encagoulés et férocement armés, viennent rallonger la liste des attaques contre la liberté de la presse au Mali. Ces assailles ont commencé la nuit du 21 au 22 mars 2012 par l'invasion du siège de l'Ortm où les agents ont fait l'objet d'intimidation pendant plusieurs semaines. Ensuite, le directeur de publication du journal « Le Prétoire », Birama Fall a été interpellé par les agents de la Sécurité d'Etat, le 9 mai dernier.
Chahana Takiou, directeur de publication du journal « 22 Septembre » a été convoqué par la Sécurité militaire, le 24 mai ; le 12 juin, la chaîne de télévision Africable a été empêchée, arme à la tempe des techniciens, de diffuser une émission ; Abdrahame Keïta, directeur de la rédaction du journal « Aurore », a été enlevé et agressé, avant de lui voler la somme de plus d'un million Fcfa, le 2 juillet.
« Trop, c'est trop ! », ont déclaré à l'unisson les membres de la famille de la presse, en marchant vers la Primature, avec une lettre pour le patron des lieux, le Premier ministre. Les marcheurs étaient plus d'un millier, parmi eux on comptait la présence de plusieurs démocrates convaincus qui ne badinent pas avec la liberté (Pr Aliou Nouhoum Diallo, Mme Sy Kadiatou Sow, Me Mountaga Tall, des artistes, des leaders de mouvements de jeunesse, entre autres).
En voyage, comme d'habitude, le Premier ministre a chargé son directeur de Cabinet de recevoir les protestataires. En lisant le contenu de la lettre adressée aux autorités du pays, le président de la Maison de presse, Makan Koné, a mis en garde, au nom de l'ensemble de ses confrères, contre les agressions, les intimidations.
Mobilisés pour la circonstance, les centaines d'hommes des forces de l'ordre (policiers, gardes, gendarmes) ont impressionné tout le monde aussi bien par leur nombre que par leur zèle.
L'on n'avait pas autant d'hommes en uniforme depuis le défilé militaire de la commémoration du cinquantenaire du Mali. « Où étaient tous ces hommes quand le président de la transition, Dioncounda, s'est fait agresser ? », se demandaient plusieurs personnes. Et dire que certains s'étonnent quand on dit que la Primature est la seule institution à se sentir en sécurité dans ce pays !
Rokia Diabaté 22 Septembre
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