Lors d'un de ses innombrables discours, le président de la République avait cité le célèbre philosophe grec, sans le nommer, en déclarant que « ce n'est pas le chemin qui est difficile mais que c'est le difficile qui est le chemin ». Il ne croyait pas si bien dire parce qu'à l'époque déjà, le pays était plongé dans les difficultés en tous genres. Et malheureusement force est de remarquer que l'équipe gouvernementale ne semble pas posséder le professionnalisme nécessaire pour sortir le pays de la nasse. Au contraire.
La preuve, supplémentaire faut-il ajouter, a été administrée il y a quelques jours. Alors même que les magistrats, les greffiers venaient d'engager une grève illimitée ; alors même que tous les secteurs de l'enseignement étaient paralysés du fait d'une grève de 48 heures, le Gouvernement va se planquer sous les lambris d'un imposant bâtiment afin d'animer...un séminaire. Passer son temps à s'auto-contempler, à s'auto-congratuler, à dire ce qu'est un ministre, comment il doit se comporter en conseil des ministres, parler du PDES dont on parle depuis la campagne électorale de 2007, alors que le pays est désargenté, que l'Etat n'est plus crédible ; avouons qu'on pouvait trouver meilleure et utile occupation pour cette journée. Parce que tout ce qui a été annoncé par le Premier ministre lui-même à la télévision, on n'a entendu aucune mesure immédiate, concrète pouvant donner le moral aux Maliens à défaut de leur donner à manger. Les Maliens qui sont connus pour être d'authentiques persifleurs ont déclaré que c'est une façon pour le gouvernement de ne pas travailler sans dire qu'il était en grève.
Aujourd'hui, le problème n'est pas de savoir si le PDES marche ou s'il court. Le problème est de savoir si le gouvernement est capable de redresser un pays qu'il a largement contribué à mettre par terre et sur la paille ; si le gouvernement peut redonner à l'Etat sa crédibilité perdue et son honorabilité bafouée. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit aujourd'hui. Un Etat qui est incapable de payer ses fournisseurs et qui se trouve dans un état d'impécuniosité telle qu'aucun fournisseur ne voudrait travailler pour lui doit avoir d'autres priorités que de multiplier ses charges de fonctionnement et son train de vie. Un Etat qui occasionne la faillite de ses opérateurs économiques perd sa respectabilité. Il serait quelque peu cruel de rappeler les centaines de milliards qu'il doit (le moment viendra) mais sous d'autres cieux on aurait dit que l'Etat est en faillite.
Aujourd'hui le problème n'est pas de savoir si le PDES a produit des résultats (routes, ponts, digues et diguettes etc.). Le problème est de réhabiliter la parole de l'Etat. L'Etat n'a plus de parole, il n'a plus de parole donnée. Les bavards ne manquent pas mais plus personne ne les écoute. Les conflits sociaux auxquels le gouvernement est confronté depuis plusieurs mois maintenant trouvent leur persistance moins dans le fait que les caisses de l'Etat sont vide (il y a de cela) que dans la vacuité de sa parole et la vanité de ses représentants. Les bamanan diraient kumakolon (le parler vrai et l'agir en vérité avait dit l'Eglise). Les partenaires sociaux n'ont pas confiance en l'Etat. Au lieu de chercher à renouer véritablement et durablement les fils du dialogue social, l'Etat joue au dilatoire et à mettre dos à dos ses partenaires.
La messe est loin d'être dite mais il est clair que ce n'est pas en venant s'inviter dans nos salons tous les soirs, en clignant des yeux comme si on voulait nous séduire, en roulant des épaules de plus en plus molles que le gouvernement nous sortira du gouffre dans lequel il a précipité le pays. Les Maliens attendent de l'Etat et de ses représentants qu'ils soient professionnels et compétents et non qu'ils jouent aux tapettes.
Elhadj Tiégoum Boubèye Maïga La Nouvelle République
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