Au cours d'un entretien exclusif, le tout nouveau maire de la commune IV nous parle de ses sentiments et des projets d'avenir, entre autres.
L'Orage : vous êtes le maire élu de la commune IV, quels sont les sentiments qui vous animent à présent ?
L'Orage : le fait d'avoir un statut d'indépendant ne vous inquiète-t-il pas ?
Moussa Mara : Pour l'avenir ce sont des questions qu'il faut se poser. Parce que nous sommes maintenant, qu'on le veuille ou pas, dans un cadre politique, donc il faut se poser la question de l'organisation qu'il faut mettre en place pour faire face à ce cadre politique. Nous sommes en train de réfléchir et inchAllah, dans les mois à venir, on prendra une position par rapport à cette configuration d'indépendant ou pas. Pour l'exercice du mandat communal, le fait d'être indépendant n'est pas en soi un handicap, puisque dans l'exercice du mandat communal ce qui compte, c'est le programme, c'est l'organisation pour le servir et l'exécuter. C'est la capacité d'entraîner l'équipe et le reste de la commune dans cette perspective. En la matière, la coloration politique ou le positionnement politique n'est pas en soi un facteur déterminant. C'est vraiment le travail en équipe, le programme, la vision, l'ambition et l'énergie qui comptent. Nous sommes en train de nous organiser pour vraiment relever ce défi.
L'Orage : Vous dites que dans les mois à venir, vous allez vous positionnez par rapport à un parti politique. Peut-on savoir lequel ?
Moussa Mara : Non, pas nous positionner par rapport à un parti, mais nous positionner par rapport à ce qu'on veut faire dans l'avenir. Nous avons trois alternatives : Première alternative, c'est le statut quo, c'est-à-dire, restés en tant que non partisans, nous organiser, et si on serait présent à des élections futures, c'est de nous présenter en tant que non partisans.
La seconde alternative, c'est de créer une force politique de toute pièce en regroupement avec d'autres. La création d'une nouvelle entité n'est pas une alternative à écarter.
Troisième alternative, c'est d'adhérer maintenant à une force politique déjà existante.
Nous sommes en train d'étudier ces trois alternatives. Quand on choisira d'aller dans un sens, je pense qu'on se débrouillera pour que tout le monde soit informé et que les uns et les autres puissent nous accompagner dans ce sens.
L'Orage : Parmi vos multiples projets, quels sont ceux qui vous tiennent à cœur et qui sont réalisables dans les meilleurs délais ?
Moussa Mara : Ce que j'ai toujours dit pendant la campagne, c'est que nous souhaitons faire les choses autrement pour réconcilier la population de la commune avec ses élus. Nous étions dans une élection locale, nous sommes en train de nous préparer à commencer un mandat local. Nous voulons vraiment travailler immédiatement dans cette perspective. Faire en sorte que la population sente que la gestion de la commune a changé de style et d'objectifs. Nous allons lancer plusieurs projets pour que les populations puissent voir dans la pratique, la concrétisation de nos idées.
La première idée qui va être immédiatement applicable, c'est de faire en sorte que les sessions du conseil municipal soient publiques et que la population soit invitée à venir y assister. Nous allons lancer les travaux d'aménagement de la salle du conseil municipal pour pouvoir accueillir à chaque fois, une centaine de citoyens qui vont venir écouter les élus en train de travailler pour eux. Deuxième innovation majeure, c'est le lancement d'un journal communal, un journal d'informations communales où nous allons faire en sorte que tout ce qui est dit, fait par la municipalité soit partagé par l'ensemble de la commune immédiatement. A défaut d'avoir une radio communale, nous allons nous organiser pour avoir une radio qui pourra nous accorder une bonne place dans ses programmes. Autres éléments importants dans le cadre de la gouvernance, c'est la charte des usagers que nous allons élaborer très rapidement dans deux mois, pour que chaque citoyen de la commune sache que quand il a besoin de la commune, ce qu'il veut faire, le temps que ça prend, quel est le service concerné, combien ça coûte et la mairie s'engage à respecter ce temps et ce coût. Comme ça, personne ne pourra plus faire perdre de temps et de l'argent aux citoyens.
Donc, ce sont des petites choses qui ne coûtent pas chères, mais qui vont faire voir aux populations que ceux qui sont là, ont vraiment envie que les choses changent et positivement.
L'Orage : Monsieur le maire, un autre problème qui préoccupe les populations, est l'érection en quartier du site de l'ancien aéroport de Bamako appelé Hamdallaye ACI 2000. Des zones de recasement de populations déguerpies d'anciens quartiers sont collées à ACI 2000. Les chefs de ces quartiers, notamment Djicoroni-Para, Lafiabougou et Hamdallaye revendiquent chacun le rattachement de ces zones à leurs quartiers d'origine. Ce qui n'est pas de l'avis des populations concernées qui souhaitent voir l'ACI 2000 érigé en nouveau quartier. Alors, quelles sont les dispositions que vous comptez prendre par rapport à cela ?
Moussa Mara : La mise en place d'un nouveau quartier dans une commune obéit à des considérations sociologiques, économiques, juridiques et prend énormément de temps. Donc il faut s'organiser pour aller dans ce sens si, on décide de le faire. Si on décide d'ériger la zone ACI 2000 en quartier, ce qui serait assez homogène et qui pourrait, je pense s'expliquer sur le plan économique et social, il faudrait passer par un processus qui va associer toute la population, tous les élus, tous les responsables, les autorités religieuses, sociales, communautaires puisque nous voulons gouverner avec tout le monde. Si on doit le faire, on le fera ensemble et on le fera en respectant la réglementation. Quand je suis persuadé de la justesse d'une cause, je me bats avec toutes les énergies du monde. Si aujourd'hui au niveau du conseil municipal (parce que c'est une décision qui va dépendre du conseil municipal) on décidait d'ériger la zone ACI 2000 en quartier et qu'au sortir des concertations, nous arrivons à avoir un minimum de consensus, on va vraiment se battre pour le réaliser. Les populations de l'ACI 2000 ou de la commune IV peuvent compter sur nous. J'ai entendu deux ou trois fois, des personnes attirer notre attention là-dessus. On va les examiner et on prendra une décision dans le cadre de nos prérogatives. Si jamais on prendra une décision dans un sens, on se battra effectivement pour la mettre en œuvre.
Par contre, dans votre question, vous avez parlé de litiges fonciers. La commune est constellée aujourd'hui de litiges fonciers et c'est un problème à part.
L'Orage : Comment comptez-vous gérer les problèmes fonciers en commune IV parce qu'ils sont nombreux ?
Moussa Mara : aujourd'hui, dans notre commune, il y a 2 500 familles ou plus sans doute parce qu'il y a beaucoup qui ne se sont pas inscrits, qui sont touchées par les litiges fonciers. Elles sont touchées par les litiges fonciers c'est-à-dire certaines familles devraient être recasées, mais elles n'ont pas été. Certains ont été recasés sur les sites appartenant déjà à d'autres personnes. Il y a aussi des cas où on a retiré des papiers au motif qu'il y a des irrégularités à corriger. Il s'agit du titre foncier, de la lettre d'attribution, du permis d'occuper, des attributions multiples de lot etc. Beaucoup de ces irrégularités ne sont toujours pas réglées, causant donc énormément de problèmes.
Notre premier objectif est de redresser les torts, tous les torts qui ont été causés, on va essayer de les redresser. Cependant, la réserve foncière de la commune est très réduite actuellement. Donc, on n'exclut même pas la possibilité de voir si on peut bénéficier de réserves dans d'autres communes, pour nous permettre de redresser ces torts. Tant que ces torts ne seront pas redressés, on ne fera pas d'attribution de nouveaux lots. Voilà notre premier objectif. Le second objectif, c'est de protéger les espaces publics. Dans cette spéculation effrénée, malheureusement, les espaces publics n'ont pas été épargnés. Nous allons faire en sorte que le peu d'espaces publics restant soit protégé, aménagé pour que les populations aient quand même des cadres de vie décents.
En la matière, on a ces deux stratégies et j'espère qu'au bout de quelques années, on arrivera à faire en sorte que le potentiel de conflit et de soulèvement qui sont liés à cette question foncière baisse significativement.
L'Orage : Dans votre intervention, vous dites que le problème foncier est récurrent avec plusieurs aspects (détentions illégales de permis, titres ou de lettres d'attribution). Pour réparer les injustices, allez-vous vous attaquez aux décisions de justice ?
Moussa Mara : Non, nous n'avons pas du tout l'ambition de nous attaquer aux décisions de justice. Nous sommes en démocratie, il faut respecter la loi, il faut respecter les décisions de ceux qui disent la loi. Nous allons essayer, c'est ce que j'ai dit tout à l'heure, d'utiliser d'abord les moyens qui sont à notre disposition pour redresser les torts, c'est-à-dire donner des lots aux personnes qui ont été spoliées et qui n'ont pas les moyens de s'en à procurer individuellement. Chaque fois qu'on doit se tourner vers une autorité administrative (gouvernorat ou ministère), on le fera toujours dans l'optique que les populations démunies, défavorisées, volées, spoliées de la commune puissent entrer dans leur droit. Nous communiquerons autour de notre action. On dira : voilà ce que nous avons tenté de faire, voilà ce à quoi on a abouti, voilà les personnes qui sont remises dans leur droit et voilà ce qui reste à faire. Il faut que les gens sachent que nous avons essayé et j'espère que nous y arriverons.
L‘Orage : Au bout de cinq ans, pourra- t-on faire une comparaison entre cette interview et ce qui sera réalisé ?
Moussa Mara : Je souhaite et je prie pour que le bon Dieu nous donne longue vie déjà, la santé et je vous donne rendez-vous dans cinq ans inchallah pour faire un bilan de ce que je viens d'annoncer. Mais, aussi de nombreuses indications que j'ai données pendant la campagne en terme d'activités. Nous sommes désintéressés, nous ne venons pas à la mairie pour nous enrichir, nous n'en avons pas besoin.
Nous avons une vision : c'est que pour une fois, dans notre collectivité, nous souhaitons que la population et les élus se donnent la main pour transformer cette commune en un cadre de vie idéal où les gens vivraient dans les meilleures conditions sociales, environnementales, économiques, juridiques en bonne entente et en cordialité.
Hamdallaye ACI 2000, un nouveau quartier de la commune IV (dossier à suivre), NDRL.
Entretien réalisé par Dansira Dembélé, Daouda Konaté et Ladji
L'Orage
Moussa Mara : La bataille a été rude, mais nous partions déjà avec les faveurs des pronostics, parce que nous avions une expérience, nous avions un passé et nous avions l'avantage d'être connus de toute la commune et d'être assez bien appréciés. Donc, nous avons affronté ces élections, je dirais confiants, nous n'avons pas été surpris des résultats, vu que le travail qui a été abattu, l'organisation qui a été mise en œuvre, les projets que nous avons portés étaient tous de qualité. Vraiment nous n'avons pas été surpris.
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