Nous avons de quoi être fiers de notre histoire, car quand on regarde de près l’histoire de notre pays, on se rend vite compte que les prémices de la démocratie ont existé d’abord dans l’empire du Mali. La structure et l’organisation de notre société ont été le socle de ce qu’on appelle la démocratie. Chez nous déjà, toutes les décisions étaient concertées, elles partaient de la cellule familiale jusqu’aux plus hautes autorités de l’empire. Tout le monde était impliqué dans la vie de la société. Les problèmes qui affectaient la société étaient traités de manière collégiale. La démocratie à la sauce d’aujourd’hui tire probablement ses racines dans l’histoire de ces temps là.
Les partis politiques sont probablement l’émanation de ces réunions où tout le monde pouvait émettre son point de vue. On n’était certainement pas d’accord sur tout, mais il y avait des compromis où la majorité devait l’emporter.
Les démocraties modernes mêlent, en général, des formes de démocratie représentative et de démocratie directe. Dans le premier modèle, le pouvoir politique est exercé par les représentants élus au suffrage populaire par les citoyens et responsables devant eux, ou bien, plus rarement, il est exercé directement, notamment par le référendum, utilisé de manière large dans certains pays comme la Suisse, de manière beaucoup plus restreinte au Mali.
Les démocraties modernes entendent protéger la liberté individuelle tout en permettant la décision majoritaire. Elles garantissent les droits politiques individuels conformément au principe de la participation des citoyens aux affaires publiques (droit de suffrage notamment). Elles permettent le multipartisme, institutionnalisent la lutte pacifique pour le pouvoir politique, et tentent de concilier les principes parfois contradictoires d’égalité et de liberté.
Néanmoins, la démocratie n’est qu’un concept vide si tous les citoyens n’ont pas accès à l’information ou à un niveau d’instruction qui leur permette de participer au débat politique. Cette conception, qui souligne que la démocratie n’a pas pour seule finalité de garantir l’autonomie de l’individu mais aussi celle de favoriser son insertion et sa participation dans une collectivité qui ne serait rien sans lui, a inspiré les tentatives modérées d’inscrire dans les Constitutions certains droits sociaux, à l’image de la Constitution française de 1946. Un versant plus radical de cette conception s’est incarné dans les pays socialistes qui, s’appuyant sur l’analyse de Marx selon laquelle la démocratie bourgeoise n’est qu’une démocratie formelle, entendaient promouvoir de véritables démocraties sociales, dans lesquelles la suppression de la propriété privée et la mise en commun des moyens de production, supprimant les antagonismes de classe, permettait de promouvoir une démocratie à visée totalisante.
Ainsi, l’existence formelle d’une Constitution démocratique ne saurait garantir pour autant le caractère réel de la démocratie, dans la mesure où tout pouvoir peut s’affranchir par la force ou par des pratiques plus discrètes des limites qui lui sont fixées, dès lors que l’opinion publique ne parvient plus à faire entendre sa voix. Ainsi la démocratie semble toujours enfermée dans le dilemme qu’a souligné au XIXe siècle l’un de ses plus éminents analystes, Tocqueville : favorisant l’égalité de tous plutôt que la liberté de chacun, la démocratie est toujours fragile, à moins que l’action des corps intermédiaires et la qualité du débat public évite la fragmentation du corps social, qui laisserait le citoyen seul face au pouvoir.*
Au Mali, du parti unique au fourretout politique !
L’histoire de notre pays depuis l’empire jusqu’à nos jours montre que tout le monde ou presque suivait l’avis du roi ou du chef. La seule exception à cette règle tacite se trouve dans les années 40 et 50, au temps où le multipartisme faisait son apparition dans nos contrées, par le fait de la colonisation et la présence des députés d’Outre mer à l’assemblée française. A cette époque, il y avait l’US-RDA et le PSP au Mali ou du moins dans le Soudan français. Après l’indépendance, il n’y avait plus que l’US-RDA, les membres de l’autre parti ont été purement et simplement éliminés de la scène politique. Cette culture du parti unique s’est poursuivie jusqu’à la période de transition qui a vu naître la démocratie au vrai sens du terme avec plusieurs partis politiques. Cette avancée, nous la devons aujourd’hui à ATT et à ceux qui l’ont accompagné durant cette période.
Le multipartisme est une bonne chose en soi, mais faudrait-il encore qu’il joue un rôle moteur dans le développement du pays. Dans le cas spécifique du Mali, la multiplicité des partis politiques (plus de cent) amène à une moindre lisibilité des lignes politiques suivies par tous ces partis. Cette multiplicité semble être à l’origine de la valse d’étiquettes à laquelle nous assistons depuis le début le l’ère démocratique chez nous. Quand on regarde de près l’échiquier politique du Mali, on est amené à penser qu’il n’y a de places que pour deux voire trois partis politiques. On semble créer les partis pour un simple individu qui en est le moteur et la seule cheville ouvrière. Ce qui suppose que les partis sont créés, non pas pour un besoin de la cause et d’une vision du devenir du pays, mais juste pour arranger une personne ou un groupe d’individus. A part quelques grands partis de la place, la plupart des petits partis n’ont de parti que le nom. A mon humble avis, le Mali et les différents partis politiques qui le composent gagneraient à se réunir dans deux ou trois grands partis. Nous, simples citoyens serions édifiés sur les lignes directrices de chaque parti et l’électeur, non seulement s’y retrouverait plus facilement, mais aurait en plus une plus grande liberté de choix.
Des partis sans idéologies !
Dans la plupart des grands partis qui exercent de part le monde, on y trouve toujours des tendances, qui sont fonction soit de la sensibilité des uns et des autres, mais aussi à une communauté de vision pour la politique de conquête du pouvoir.
Le Parti Politique est construit d’abord autour de personnes ayant une vision identique du développement du pays. Il se construit autour d’une idéologie et d’un programme. La plupart des partis ont ce qu’on appelle un club ou une cellule de réflexion qui pointe du doigt ce qui va et ce qui ne va pas dans le pays, les propose au débat au sein du parti, pour qu’ensemble on apporte des améliorations à ce qui va et des solutions à ce qui va moins bien. Le débat permet le dialogue et construit le socle du parti. A partir du moment où on se retrouve autour d’idées constructives, le parti appartient à qui veut y entrer, les cotisations des adhérents constituent l’avoir propre du parti.
Mais dans notre pays, l’habitude de n’avoir à faire qu’à un seul parti pendant des décennies a créé des habitudes qui perdurent à nos jours. On se comporte encore comme si il n’y a qu’un seul et unique parti, celui du chef. Il faut avoir présent à l’esprit qu’il y a rien de plus constructif que la critique. Il ne s’agit pas de critiquer pour le simple plaisir de le faire, mais il faut critiquer pour montrer les faiblesses d’une action ou les désavantages de l’autre, il faut en retour faire des propositions qui permettent une amélioration certaine de ce qui existe déjà ou à ce qui est à faire. Il ne s’agit en aucune manière de plaire au chef en prenant son parti, mais il faut avoir présent à l’esprit que le chef, quel qu’il soit est une personne qui est susceptible de se tromper ou n’être pas convenablement informé, il ne peut tout savoir, aussi le rôle des partis est de l’en informer par l’entremise de notre assemblée. Mais si tout le monde s’allie au chef, et si tout le monde veut faire plaisir au chef, la réalité du pays risque de s’en trouver occultée. Dans ce cas, l’assemblée nationale risquerait fort d’être une chambre d’enregistrement plutôt qu’une assemblée de proposition et de correction. Notre jeune démocratie trouve là des écueils qu’elle devrait chercher à éviter.
Le parti, en général n’est pas une chose qui appartiendrait à une personne ou un groupe de personnes, il est une chose publique et l’adhésion à ses programmes de gouvernement, à la ligne définie par ses membres qui doivent faire sa force, mais, si au contraire seul le secrétaire général ou le président est le seul maître à bord, si seule sa décision quelle qu’elle soit, est la ligne de conduite du parti, on peut être certain qu’il ne peut aller loin. Car dans ce cas, le débat d’idées n’existerait plus, il n’y aurait de place que la dictature du chef, et dans la plupart des cas de ce type, on assiste tôt ou tard à une implosion, c’est justement ce que nous devons à tout prix éviter. Ce qui devrait compter pour tout parti politique, est d’abord et avant tout, la mise en commun des idées qui permettent de faire avancer notre pays.
Le Mali, aujourd’hui est cité en exemple parmi les jeunes démocraties, nous devrions faire en sorte de consolider nos acquis et faire du mieux que nous pouvons pour améliorer ce que nous avons réalisé.
Comme je l’ai dit plus haut, la démocratie est une des choses les plus fragiles, les dérapages peuvent arriver à tout moment, rien n’est parfait ici bas, mais nous pouvons faire que notre démocratie reste pour les générations futures dans les meilleures formes possibles.
Déficit criard d’information et de formation politique !
Cette tâche immense incombe à chacun de nous, mais plus pour nos représentants légaux que sont nos députés. Il ne sert pas le pays de « retourner sa veste » à tout bout de champ, on peut rester dans son parti et faire valoir sa différence, tout le monde ne peut pas avoir toujours tord, et on ne peut pas non plus s’ériger en redresseur de tord à chaque changement d’humeur. Le dialogue, même au sein du même parti est le gage d’une bonne démocratie. On entend assez souvent dans les échos de nos partis qu’une telle personnalité ou telle autre a été exclue de son parti, mais les raisons sont souvent inavouées et la base du parti n’en est pas souvent informée, ce qui me semble être une tare dans un parti. L’information est la base de la démocratie, sinon le choix n’a pas d’existence, puisque c’est de l’information que l’on peut faire un tri judicieux sur les personnes qui dirigent le parti.
Les Partis Politiques du Mali ont une tâche énorme à abattre, ils doivent procéder avant toute chose, à s’ériger en vrais pédagogues. Ils doivent enseigner aux citoyens les tenants et les aboutissants de la politique. L’éducation des masses doit être leur cheval de bataille, sans connaissance de la chose publique, il est difficile de trouver à quoi s’en tenir. Or, nos partis ont tendance, pour la plupart, à négliger l’information ; qui paraît être le grand oublié de la chose politique. On est dans un pays où la majorité est illettrée, le rôle majeur des politiques est de se mettre à son niveau et d’expliquer le pourquoi et le comment de telle ou telle action ou de telle ou telle décision. On comprendrait alors mieux les différentes composantes institutionnelles du pays, leur rôle respectif et surtout pourquoi elles sont instituées. Les représentants du citoyen à l’assemblée nationale doivent être à même d’expliquer en termes clairs ce qu’est un gouvernement, ce qu’est un député et ce pourquoi il est là. La plupart de nos contribuables ne savent pas ce que sont les impôts direct ou indirect et ce à quoi ils servent.
Nos institutions doivent être expliquées sans relâche à tout le monde, l’avenir de notre démocratie en dépend. On dit souvent que nul n’est censé ignoré la loi, mais pour quelqu’un qui ne sait pas qui propose les lois, qui les vote, sans une explication, il ne fera que suivre la masse, or on ne peut avancer que si on donne son opinion sur ce qui doit être notre vie. Et la démocratie, qui a engendré le multipartisme, est justement de permettre un libre choix des personnes qui doivent nous représenter.
Etre dans un courant de pensée ou de point de vue différents n’est pas une guerre, c’est au contraire la base d’un dialogue, mais il arrive souvent par ignorance, on considère celui de l’autre parti comme un ennemi, ce qui n’est pas constructif, il faut au contraire ouvrir le dialogue pour que chacun puisse faire valoir son point de vue, il arriverait certainement une communauté de vue ou une amélioration apportée par l’une ou l’autre personne. Ces querelles, souvent familiales, peuvent se produire par simple ignorance, c’est les explications données par les politiques pour telle ou telle idée ou tel ou tel point de vue qui peut éviter de telles lacunes dans notre jeune démocratie.
Il peut arriver que deux amis intimes que rien ne sépare, que des frères militent dans des partis différents, mais cela n’entame en rien leurs liens, au contraire, par des rencontres et le dialogue, essaient souvent, par la clarté de vue d’amener l’autre dans son camp. Ainsi devrait aller notre politique et sa mise en route doit être l’œuvre des partis politiques.
Moussa Koné
Tél. : 75 40 90 58
Faladjè – Bamako
Le Quotidien de Bko
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