Déjà deux (2) semaines après un mois de Ramadan plutôt mitigé et la problématique de consommation du sucre alimente toujours la chronique. Et pour cause : la normalisation des prix de cette denrée n'aura pas fait que des heureux et lève progressivement le voile sur les profondeurs de la divergence entre les attentes collectives et les intérêts de plus en plus arrogants d'une certaine catégorie de cartellistes.
Le cours du sucre se sera singularisé cette année par une hausse exceptionnelle au niveau mondial et qui allait se répercuter au niveau national par une impitoyable cruauté mercantile. Selon les informations recueillies auprès de sources officielles, la combinaison de nombreux facteurs annonçait cette conjoncture. On peut retenir, entre autres, la baisse de la production mondiale, la priorité accordée à l'enlèvement du riz au détriment du sucre sur les ports d'évacuation, le ralentissement du trafic avec le Sénégal par la fermeture du Pont de Kayes. Pour autant, le marché national n'était point aussi dépourvu qu'elle en donnait l'air. À la veille du mois de Ramadan, une estimation des stocks sur le territoire malien faisait état de 21 000 tonnes de sucre disponibles, soit une quantité pour combler les besoins de consommation nationale pendant un mois et demi environ. Ces estimations ont été du reste corroborées par les fournisseurs traditionnels de sucre qui, à l'image de leur chef de file Bakorè Sylla, n'ont guère dérogé à l'habitude de s'illustrer par des sorties publiques rassurantes, tant sur la l'approvisionnement régulier du marché que sur les prix. Mais, au grand dam de consommateurs médusés, déçus et désillusionnés, la course au sucre n'a jamais été aussi éprouvante pour le consommateur malien que pendant le Ramadan. C'est à cette période de forte demande que les prix prohibitifs, doublée d'une rareté exceptionnelle de la marchandise, sont venus conditionner l'accès du sucre au calvaire des longues et interminables files soviétiques.
Devant l'imminence d'une pénurie ainsi artificiellement créée par la propension inguérissable de certains opérateurs économiques à la surenchère, les services du Ministre Ahmadou A. Diallo ont vite fait de sauver le mois sacré et d'alléger la corvée des fidèles musulmans. Les mesures urgentes se justifiaient par l'inquiétante tendance baissière qu'affichait l'offre d'une denrée si prisée et à la recherche de la laquelle le consommateur commençait à subir le calvaire, dès la première semaine de Ramadan.
Toute estimation faite, l'équation d'approvisionnement du marché malien en sucre est demeurée intacte, nonobstant les engagements et rassurances donnés aux autorités publiques et aux consommateurs. Il fallait combler, par des actions réelles, les besoins d'un marché national où la disponibilité de la denrée était rendue fictive par les manœuvres d'un impénétrable cercle d'opérateurs économiques trié sur le volet. Ainsi, le nouveau Ministre des Finances, visiblement sous influence de collaborateurs acquis à la cause des monopolistes de fait, est longtemps demeuré inflexible avant d'admettre cette évidence : les faveurs accordées au cordon douanier n'ont été suivies d'aucun effet sur le marché du sucre toujours intraitable. Près de 500 F CFA au consommateur de la capitale et 800 F CFA à celui de Kidal; telle est la situation engendrée par la pénurie artificielle créée par la rétention des stocks dans les entrepôts d'impitoyables opérateurs. Pour déjouer la tendance, une seule option s'imposait : détruire un monopole de fait qui n'a que trop perduré en faisant jouer à l'État son rôle de régulateur du marché. Les autorités compétentes ont ainsi accédé à la requête de trois autres opérateurs pour décrocher le droit d'intégrer le cercle restreint des importateurs exonérés de la Taxe Conjoncturelle d'Importation. Avec les mêmes conditions et faveurs que Bakorè Sylla et Modibo Keïta, leurs aînés de 20 et 15 ans dans le domaine, les sociétés SODIMA, SMA.SA et BATEX-CI se sont distingués par une expérience manifestement probante. Et leur coup d'essai aura été un véritable coup de maître pour avoir démontré qu'il suffit d'un tant soit peu d'ouverture pour soulager le consommateur du poids insupportable de la surenchère. De 450 F CFA au départ, le prix du sucre a connu une chute libre et continue de défier toute concurrence, depuis l'ouverture du marché d'importation aux trois entreprises supplémentaires.
Seulement voilà : habitués aux profits et facilités insolentes au mépris de toutes règles et principes de la libre entreprise, la vieille garde d'importateurs maliens ne l'entend point de cette oreille. Les mesures de normalisation du marché du sucre n'ont guère été du goût de ces adeptes du monopole auxquelles elle a fini par inspirer une levée de boucliers que traduisent la multiplication des intimidations médiatiques puis les jérémiades et protestations auprès de la Commission de fixation des prix ou du Modérateur du secteur privé. Tenez : ils en veulent principalement au Ministre du Commerce d'avoir fait une préférence entre les aspirations de l'ensemble et leurs attentes égoïste, deux intérêts dont l'incompatibilité a été révélée par quinze années d'exclusivité sur l'exonération des denrées alimentaires sans les résultats escomptés, en termes de satisfaction des consommateurs maliens. Est-il besoin de rappeler, par ailleurs, que le même cartel de fait s'est employé, non sans succès, à provoquer l'échec de l'Initiative Riz qui a couté plus d'une quarantaine de milliards aux contribuables ? Vivement donc la loi de concurrence pour les contraindre à s'adapter aux conditions de l'ensemble ou disparaître au profit de tous ceux qui peuvent combler les attentes du consommateur malien. Lequel aura vu de toutes les couleurs si les profits d'une poignée de nantis doivent susciter plus d'agitations que les préoccupations collectives.
A.Keïta Aurore
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