Chauffeurs de Sotrama et policiers n'ont pas fini de laver leurs linges sales sur la place publique. Après l'épisode malheureux du jeune chauffeur Mamadou Coulibaly abattu par un policier au niveau des magasins de Malimag, samedi vers 16 heures au carrefour de Daoudabougou non loin de l'Ambassade d'Algérie à la suite d'un banal contrôle de cahier, un policier assène un coup de tête à un chauffeur de Sotrama. Qui ne reprendra ses esprits qu'après un coma plus ou moins prolongé aux services des urgences de l'Hôpital Gabriel Touré. Les faits.
Nous avons approché le propriétaire de la Sotrama en question en compagnie du coordinateur des syndicats de chauffeurs de Sotrama, Marafa Touré, au service des urgences à l'Hôpital Gabriel Touré, pour leur version sur les faits. Selon le propriétaire de la Sotrama de marque Mercedes 207 L 3501 MD, l'incident est survenu à la suite d'un contrôle de cahier. Mamadou Tounkara, le chauffeur, après le contrôle de son cahier, a été contraint par l'agent de police de mettre la main à la poche. Celui-ci accorde une fin de non recevoir à la requête du policier, et dans un accès d'humeur l'agent de police a voulu tordre la main au chauffeur pour lui retirer son cahier de bord. Comme on pouvait s'y attendre, la scène tourne au vinaigre. Mamadou Tounkara reçoit un coup tête du policier avant de tomber sur sa nuque dans un caniveau. C'est le coma. Ces allégations sont confirmées par des témoins oculaires, qui relèvent toutefois que les apprentis du chauffeur lui sont venus en aide et auraient blessé le policier. La nouvelle répandue, les autres chauffeurs de Sotrama ont arrêté de travailler. Ainsi commença le calvaire pour les usagers des transports en commun. Le pont de Martyrs était jonché de personnes qui voulaient regagner leurs domiciles. Toute la soirée a été un bouleversement au niveau de la circulation avec des accidents et des actes d'incivisme, ouvrant ainsi la voie à un désordre indescriptible.
Transporté au service des urgences de l'Hôpital Gabriel vers 16h53 heures, Mamadou Tounkara subit immédiatement des soins intensifs afin de revenir à la « vie ». Cette version ne semble pas être partagée par ce commandant du groupement d'intervention mobile de la Police nationale que nous avons rencontré au niveau de l'hôpital Gabriel Touré. Il affirme que selon les informations qui lui sont parvenues, le chauffeur serait épileptique, et que suite à un tiraillement entre l'agent et le chauffeur, ce dernier aurait piqué sa crise d'épilepsie et serait tombé dans un caniveau.
De source hospitalière, on nous indique que la victime est arrivée dans un état inconscient ou une perte de connaissance initiale qui serait provoquée par une force extérieure. Par ailleurs selon nos informations, c'est vers 20 heures que Marafa Touré le coordinateur des syndicats de chauffeurs de Sotrama et ses collègues auraient amené Mamadou Tounkara chez lui à bord d'un véhicule 4x4. Et Marafa aurait affirmé qu'ils (les chauffeurs) ne vont pas observer une grève sans s'être entretenus avec les autorités - toute chose qui était constatable hier dans notre capitale-. D'après une autre source, le gouverneur du district de Bamako, Ibrahim Féfé koné, se serait rendu au chevet de la victime au service des urgences. La police s'est chargée au paiement de tous les frais de soins, selon le commandant du GMS.
Réunion de crise au cabinet de la sécurité intérieure
Aux environs de 21 heures, le ministre de la Sécurité intérieure et de la Protection civile, le général Sadio Gassama, a présidé une réunion de crise en présence du directeur général de la Police nationale, le contrôleur général Niamé Kéïta. Après avoir entendu le rapport des faits, les autorités compétentes ont condamné l'acte commis par l'agent de police, qui en aucune manière ne devrait porter la main sur un usager de la route. Et le directeur général de la police de nous indiquer que
l'agent fautif était en train de subir des traitements, et serait vraisemblablement sanctionné pour cet acte qui n'honore pas les porteurs d'uniforme surtout la police. Sous réserve de la nature de la sanction qui sera infligée au policier incriminé, le fait que la police ait reconnu son tort a été un motif de satisfaction pour les syndicats des transporteurs, eux qui ont toujours cru qu'ils ne peuvent pas avoir raison sur les agents de la police. C'est ainsi que les différents dirigeants des syndicats ont décidé de reprendre le travail le lendemain de l'incident, hier dimanche.
En tout cas, il urge que la direction générale de la police fasse des actions de sensibilisation à l'endroit de ses éléments, qui se croient aujourd'hui au-dessus de tous les Maliens.
Modibo L. Fofana, Kass El Diany Nouvelle Libération
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