La fin du psychodrame pour le choix du président de la transition ? Pas encore, malheureusement. La convention annoncée n'est pas pour autant une fausse-bonne solution mais, assurément, une méthode bien compliquée à utiliser.
Faute de temps d'abord et surtout - le capitaine Amadou Haya Sanogo l'a lui même admis dans son adresse de lundi - car les délais s'amenuisent autant que les urgences s'aiguisent. Le délai des 40 jours fixé par la Constitution prend fin dimanche (le 20 mai) et non mardi (le 22 mai) comme souvent annoncé, même dans ces colonnes. En effet, la plage d'intérim ne débute pas avec l'investiture du président de la République par intérim (12 avril) mais à compter de la notification de l'arrêt du 10 avril de la Cour constitutionnelle constatant la vacance de la présidence de la République après la démission d'ATT. Bon, deux jours de plus ou de moins dans la situation où nous nous trouvons ...
Dans 4 jours s'ouvre donc un vide juridique et institutionnel par dessus lequel il faut jeter un pont. Théoriquement, d'ici dimanche, la convention doit donc être préparée, convoquée, tenue et doit déboucher sur une décision acceptée par une indiscutable majorité. Quelle forme revêtira le regroupement des forces vives, quels seront les critères de participation en ces temps de légitimités effritées ou sujettes à caution, comment s'organiseront les discussions pour éviter d'incontrôlables débordements, comment accorder la galaxie actuelle d'opinions sur un minimum de préalables ? Quelles sont les options qui seront sur la table, le plan de la CEDEAO, d'autres projets sur une liste grande ouverte ? Comment ... comment ...
Cette forêt de points d'interrogation se justifie par la particularité de l'exercice et le contexte général de crise et d'antagonismes dans lequel le rendez-vous survient. Dans cette perspective, le précédent de Ouagadougou n'est pas fait pour rassurer. Transportées en terre étrangère, les forces vives n'avaient pu se retenir d'infliger le spectacle de divisions parfois virulentes. On avait alors eu peine à imaginer ce qui se serait passé si la concertation avait été convoquée à Bamako. Dans tous les cas de figure et quelle que soit la configuration que le gouvernement pourra lui donner, la convention se présente comme une opération difficile à monter et à conduire, dont la réussite dans les délais relèvera de l'exploit.
La charge dramatique de ce deadline légal n'a cependant que l'intensité que l'on voudra bien lui donner. Les querelles byzantines sur la Constitution et l'accord-cadre ou les réactions épidermiques observées ces jours derniers vis-à-vis de la CEDEAO apparaissent, en effet, bien dérisoires face aux derniers développements dans le nord du pays. Comme nous l'avait annoncé la semaine dernière un observateur attentif installé à Gao, la population, exaspérée par les pillages et les exactions incessantes, était à bout et allait finir par se révolter. Ainsi après Tombouctou, la colère a rempli les rues à Gao et menacé Bourem (lire articles ci-contre).
Ce climat insurrectionnel réveille un espoir mais, surtout, attise le péril des dérapages et d'une répression sanglante. La témérité des habitants des villes occupées doit faire écho à Bamako. Comment ? Militaires comme politiques le savent.
Souleymane Drabo
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