Le moins que l'on puisse dire est que la troupe de Kayes n'a pu se hisser à hauteur des ambitions de son public. Sa sortie était pourtant attendue par toute la ville.
Dès 19 heures, c'est-à-dire deux heures avant le début du spectacle, l'entrée et les gradins du stade Abdoulaye Macoro Sissoko étaient investis par les Kayésiens. Presque toute la ville entendait ne rien rater de ce passage de ses représentants devant le jury en cette soirée du vendredi 26 décembre. Les déclarations des artistes avaient notablement joué dans cet emballement. Ceux-ci avaient ainsi annoncé qu'ils ne visaient rien d'autre que la première place dans notre numéro de l'Essor-Plus consacré à la biennale. Mais de la coupe aux lèvres, il y a parfois loin ...
Le « Chant de coq » marqua le début du désenchantement. Cet air composé par l'orchestre régional est un hommage à Barack Obama. Rien de mal en cela sauf que pour le rythme, c'est l'afro-cubain qui fut choisi. Une option malheureuse car le règlement stipule que les morceaux doivent être inspirés du patrimoine malien ou africain.
La déception s'installa réellement avec la pièce de théâtre mal ficelée sur le fond comme dans une mise en scène portée par des acteurs peu inspirés. « Tounkaranké » ou l'espoir muselé devait traiter de l'émigration clandestine. Mais comme nombre d'infortunés clandestins, le thème s'est égaré en chemin. Et à sa place, les spectateurs, perdus eux aussi, ont croisé le sous-développement, l'école ou encore ... le vérificateur général. En trois tableaux et près de 45 minutes, avec des comédiens qui récitaient leur texte, personne ne s'est jamais retrouvé.
Heureusement pour le public, avec « Aw yé willi an ka bara », « Jaguar » et « Djélia, l'ensemble instrumental, la danse traditionnelle et le ballet ont réussi à sauver partiellement les meubles.
Le Rjil est une danse maure qui reproduit la parade amoureuse de l'autruche. Le mâle déclare sa flamme, la femelle fait sa coquette. C'est l'éternel et universel jeu de l'amour dans sa quintessence. Belle, envoûtante, entraînante, la danse déploie ses boubous amples, pousse irrésistiblement à relever pieds, mains ou tête. Cette danse traditionnelle fut une belle réussite.
Le ballet a présenté le Djéli dans son élément naturel avant de le faire évoluer vers les principes fondamentaux et sociaux qui font la noblesse du Djélia. Fidèle à son diatigui, le griot assiste à l'assassinat de son « roi » par des hommes assoiffés de pouvoir. Ces derniers tentent de le contraindre à les suivre par tous les moyens. Mais il refuse, préférant la mort à la trahison et à la honte. Son fils et sa fille se montreront beaucoup moins résistants. Ils succomberont à l'argent et aux tentations.
L'honneur des « Djeli » ayant été bafoué, le père revient d'outre-tombe. D'autres illustres Djéli, Bazoumana Sissoko, Siramory Diabaté, Léba Sidiki, viennent eux aussi hanter les jours et les nuits des jeunes qui finiront par mesurer la gravité de leur forfait et demander pardon.
Envoyés spéciaux
Y. DOUMBIA et O.DIOP
La ville de Kayes a vécu au rythme de la Biennale artistique et culturelle. La cité des rails a connu une effervescence sans précédent. La ville baignait dans une ambiance festive. Les spectacles avaient lieu un peu partout à travers la cité, en dehors des salles de spectacle et du stade Abdoulaye Macoro Sissoko où les troupes se produisaient devant le jury. Le comité d'organisation de la Biennale 2008 de Kayes a élaboré une stratégie propre à tenir la ville animée pendant les dix jours du grand rendez-vous culturel et artistique.
Pendant la nuit, les spectateurs convergeaient vers la salle Massa Makan Diabaté ou le stade Abdoulaye Macoro Sissoko. L'après-midi, des concerts live étaient proposés au public dans les quartiers. Les Kayesiens, dont on connaît la chaleur, ont véritablement apprécié l'ambiance festive qui régnait dans leur cité. «Je pense que je suis en train de vivre les meilleurs moments de ma vie. C'est vrai que Kayes est une ville d'ambiance par excellence mais je n'ai jamais vécu une telle d'ambiance. C'est vraiment magnifique», souligne Bakary Traoré, un habitant au quartier de Lafiabougou. Mamadou Bâ, un autre Kayesien, après s'être réjoui de la tenue de ce rendez-vous culturel et artistique dans sa ville, se montre heureux d'avoir élargi son carnet de contacts et surtout de découvrir un peu plus les réalités des autres régions. Issiaka Diarra, un festivalier venu de Bamako, se dit tout simplement ébahi par l'animation de la cité des rails.
L'impact économique de la Biennale est aussi important. Beaucoup de commerçants se frottent les mains après les bonnes affaires de la "Foire de la Biennale" (voir l'article ci-contre). Les hôteliers, les taximen et les vendeurs ambulants ne cachent pas non plus leur satisfaction. «Nos recettes journalières ont presque triplé durant cette période de Biennale. Et on remercie le bon Dieu pour que tout finisse bien», souligne Sékou Sissoko, un chauffeur de taxi. Oumou Diarra, une vendeuse de sandwich installée près du stade Abdoulaye Macoro Sissoko, assure que grâce à la Biennale, elle vendait beaucoup. "Je peux avoir en une nuit ce que je ne pouvais pas avoir pendant deux à trois jours. Vraiment ça va bien», confie-t-elle.
O. Niane
AMAP-Kayes
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