Les négociants burkinabè paient le mieux et rapatrient leurs achats. Les paysans assurent avoir fait des réserves mais les autorités incitent à la prudence Koulogon. Ce village situé à 40 km de Bankass, son chef-lieu de cercle, est une commune rurale peuplée
de 9890 habitants dont 4824 femmes. Koulogon est situé dans le «Séno», une zone très propice à la culture du mil. La pluviométrie est de 500 mm par an, quantité suffisante pour assurer la maturation des épis de mil.
Chaque vendredi, des milliers de forains se donnent rendez-vous dans cette localité connue pour le dynamisme de son marché hebdomadaire. Les forains viennent de toute la région de Mopti et des villages frontaliers du Burkina Faso. En charrette, à bicyclette, à moto, à pied... ils arrivent généralement dans la matinée.
Dès 10 h, le marché est déjà noir de monde. Le mil est le principal produit d'échange. «J'ai amené un peu de mil pour le vendre. Avec cet argent, j'achète des condiments, du savon et un peu de lait pour toute la semaine», confie une jeune femme rencontrée au marché. Les acheteurs ne manquent pas. Les bascules des commerçants sont installées un peu partout. Les points d'achat sont reconnaissables aux dizaines de sacs de mil stockés.
Les négociants locaux achètent la céréale au détail aux paysans entre 100 et 110 Fcfa le kilo et la revendent en gros aux commerçants burkinabés. «Chez nous, le marché est bien organisé. Il y a comme une espèce de convention avec nos frères burkinabé. Le principe est simple : quand ils arrivent le matin, ils nous font part de leurs intentions d'achat et se mettent à l'écart. C'est nous qui nous occupons de la collecte de la quantité commandée que nous leur revendons avec un petit bénéfice», explique Nouhoum Gana, un membre respecté de la Coopérative des commerçants de Koulogon. Il est aussi le président de la commission de gestion de la banque de céréales de la commune qui contient 5 tonnes de mil. Il est difficile, indique-t-il, de déterminer le nombre de Burkinabé qui arrivent chaque vendredi. «Ce qui est sûr, ils achètent en moyenne 20 tonnes par semaine à raison de 120 Fcfa le kg», croit-il savoir.
Ganamé Ichaka, 24 ans, est un marchand burkinabé qui fréquente ce marché depuis ses 15 ans. A ses débuts, il accompagnait son père qui venait acheter du mil qu'il revendait dans son pays. «Actuellement, nous participons à tous les marchés hebdomadaires du cercle de Bankass», explique ce commerçant qui achète au minimum pour 200.000 Fcfa de mil chaque semaine.
Les Burkinabé semblent avoir supplanté les commerçants de Mopti sur le marché de Koulogon. Le maire de la commune, Pierre Somboro, explique : «Si vous voyez que nous vendons notre mil, c'est parce que nous avons besoin d'argent pour régler nos petites affaires. Depuis plusieurs années, les commerçants de Mopti prenaient la liberté de fixer eux-mêmes le prix du mil pour nous l'imposer. Quand nous en avons pris conscience, nous avons décidé de plus nous laisser faire. Depuis, nous vendons notre mil aux plus offrants. Et il se trouve que nos frères du Burkina Faso font toujours de meilleures offres. Nous appliquons la loi du marché».
Le député Hamidou Djibo juge insignifiantes les conséquences de l'important mouvement des céréales vers l'étranger. «Ce que vous voyez dans le marché n'est qu'une infime partie de notre production. Je connais dans ce village des familles qui ont rempli une vingtaine de greniers cette année (un grenier peut contenir une à deux tonnes de céréales). Donc, je suis persuadé qu'il y aura suffisamment de mil pour satisfaire les besoins alimentaires des populations pour toute l'année.»
A Bankass, la gestion des céréales après de si bonnes récoltes est un sujet récurrent de conversation. Yaya Dramane Mariko, un enseignant, se demande comment «peut-on pratiquer à la fois le protectionnisme et le libéralisme.» Il estime que dans un contexte de libéralisation économique, il est difficile de maîtriser le flux des céréales vers les pays voisins. Même s'il en déplore les conséquences. L'enseignant constate que pour la première fois le sac de mil coûte plus de 10.000 Fcfa pendant la période des récoltes à Bankass. Il explique cette hausse principalement par la forte demande du Burkina Faso.
Si certains sont favorables à la libéralisation des marchés, d'autres soutiennent l'interdiction pure et simple des importations de céréales. Les pouvoirs publics ont opté pour une voie médiane : maîtriser les sorties de céréales pour que les producteurs, mus par l'appât du gain, ne vendent pas toute leur production pour s'exposer ensuite à une pénible soudure.
Le préfet du cercle, Meissa Fané est conscient de sa tâche en tant qu'autorité locale. Bien que ses modestes moyens logistiques ne peuvent lui permette pas de contrôler toute la bande frontalière, il n'est pas resté les bras croisés. "Nous sommes passés dans tous les grands centres de production pour dire aux paysans de ne pas brader les récoltes. J'ai également instruit aux autorités locales d'être très vigilantes», explique l'administrateur civil qui constate que les commerçants et les producteurs s'ingénient à déjouer les contrôles pour mener leurs transactions. Les marchands sillonnent les villages à la recherche de céréales pendant les récoltes. Certains commerçants remettent l'argent et des sacs aux producteurs avant les récoltes. Ils profitent de l'abondance de l'offre et des besoins pressants d'argent des producteurs pour imposer des prix bas. Ils stockent ainsi d'importantes quantités de céréales en espérant les revendre au moment de la soudure en réalisant des bénéficies substantiels.
Envoyé spécial
A. M. CISSE
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