La question de l'émigration constitue toujours un aspect majeur des relations entre le Mali et la France.
Ces relations ont sans doute connu un nouveau tournant jeudi dernier avec l'échec des négociations sur la signature d'un accord sur le sujet. Ce qui s'est passé jeudi est assez révélateur des divergences que les autorités maliennes et françaises ont de la problématique de l'émigration. Certes, la société civile a mis la pression en organisant une marche jeudi dans la capitale. Mais celle-ci s'inscrivait dans une démarche constante des pouvoirs publics qui ont toujours eu comme souci, la protection des intérêts de nos compatriotes installés à l'étranger.
Un rappel du processus de négociation s'impose pour comprendre comment a échoué la signature de l'accord tant sollicité du côté français. C'est en mars 2008 que la partie française avait soumis un projet d'accord sur la réadmission de nos compatriotes se trouant en situation irrégulière en France. Les amis français insistaient sur trois points : la lutte contre l'émigration clandestine, l'accès des travailleurs maliens au marché français, « l'immigration choisie » et le co-développement.
La réunion du jeudi dernier était la 4è séance de travail du Comité franco-malien sur la question. Il y avait eu une réunion à Paris en mars 2008. Quatre mois plus tard, les deux parties s'étaient retrouvées à Bamako (juin 2008), puis en octobre de la même année. Toujours sans succès.
D'où vient donc le blocage ? « C'est la question du nombre de Maliens en situation irrégulière que les Français proposent de régulariser par an qui a posé problème », explique une source. Celle-ci précise que le nombre de nos compatriotes vivant dans cette situation est estimé à 22 000 personnes.
Les divergences ont donc vite apparu. « La partie française nous a fait comprendre que le président Sarkozy tenait à ses promesses de campagne, à savoir dans le cas précis, un nombre précis de reconduites à la frontière. Nous avons expliqué que nous avons aussi une opinion publique dont nous devons tenir compte », ajoute la même source. « Lors des négociations, nous avons dit que nous sommes prêts à signer le document. Mais en contrepartie, nous avons demandé à ce qu'on régularise 4 000 ou 5 000 de nos ressortissants en France. La partie française proposait 1 500 régularisations par an, y compris les nouveaux arrivants. Nous avons trouvé ça très dérisoire »
Alors, peut-on parler d'une intransigeance malienne ? « C'est vrai que la France a signé un accord du même type avec 7 autres pays africains. Mais les situations ne sont pas les mêmes. Les pays qui ont signé l'accord ne sont pas dans la même position que le Mali. Peut-être sauf le Sénégal. Encore qu'après la signature de l'accord par ce pays, son parlement a refusé de le ratifier pour le moment. Les autorités sénégalaise ont donc demandé un <<avenant >> », explique toujours notre source. Et cet « avenant » c'est quoi ? Le Sénégal a demandé d'augmenter le quota de ses ressortissants que la France projette de régulariser par an.
Le ministère français de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire tiendrait beaucoup à cet accord avec le Mali pour en faire un exemple.
Avec l'échec de ces négociations, faut-il alors s'attendre au retour des « charters » de triste souvenir ? Le ministre des Maliens de l'extérieur et de l'Intégration africaine ne le pense pas. Invité chez nos confrères de l'ORTM dans le journal télévisé de 20 heures samedi, Badra Alou Macalou a indiqué que le dialogue entre les deux parties se poursuit. Avant de préciser que la France est loin d'être le premier pays qui expulse le plus de Maliens.
Cela est une réalité. Mais vouloir coûte que coûte obtenir la caution des autorités d'un pays dont les ressortissants sont déjà expulsés chaque semaine passe difficilement.
S. TOGOLA
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