La protection de la biodiversité est une obligation éthique. Et pour cause. Elle comprend les ressources génétiques contenues dans les races, les espèces animales et végétales.
et 1984-1985 ont donné le déclic pour une prise de conscience nationale pour la conservation des ressources biologiques, selon le directeur national des Eaux et Forêts, Alassane Boncana Maïga. Le Mali a adhéré en mars 1995 à la Convention mondiale sur la diversité biologique. Ce texte définit la biodiversité comme la variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris les écosystèmes terrestres, marins, aquatiques, les complexes écologiques. Il s'agit de la diversité au sein des espèces et entre espèces. Les écosystèmes forment un complexe dynamique formé de communautés de plantes, d'animaux, de micro-organismes et leur environnement non vivant. Ils constituent une unité fonctionnelle par leur interaction.
La biodiversité englobe toute la flore, la faune et les micro-organismes terrestres et aquatiques, les écosystèmes au sein desquels ces ressources apparaissent et survivent. Les organismes vivants qui constituent la diversité biologique interagissent d'une manière complexe dans le milieu. La diversité biologique comprend les ressources génétiques contenues dans les races et les espèces animales et végétales et d'autre part, les communautés écologiques au sein desquelles sont créées les conditions qui entretiennent la vie de toutes les populations. Bref ! c'est la diversité de toutes les formes du vivant.
Les espèces vivantes de la terre sont estimées à près de 100 millions. Cette diversité est précieuse pour des raisons écologiques, génétiques, sociales, économiques, scientifiques, culturelles, esthétiques, éthiques. La protection de la biodiversité est inscrite dans les textes comme étant une obligation éthique. Elle possède une valeur économique, culturelle et sociale, écologique et symbolique, qui aide à apprécier son importance.
Ainsi, sa valeur économique se mesure par l'utilisation des espèces en tant que ressources pour la pharmacopée et pour la recherche des ressources alimentaires: gibiers, poissons, céréales, fruits, plantes. Elle s'ajoute aux ressources génétiques pour les biotechnologies et aux produits industriels ( fabrication de fibres par le ver à soie, de laine, du bois, du coton, des parfums). Elle fournit les matières premières d'activités économiques comme l'aquaculture, la pêche, la sylviculture.
La fonctionnalité des écosystèmes a également une forte valeur économique. Par exemple, une zone humide stocke l'eau en période de crue et la redistribue en période de sécheresse. La forêt filtre les eaux et peut permettre l'économie d'usines de traitement qui sont très coûteuses. Selon l'Institut national de recherche agronomique (INRA) de France, en 2005, 84% de la production des espèces végétales cultivées en Europe, dépendent directement la pollinisation des plantes par les insectes.
Ils contribuent à l'équilibre des écosystèmes forestiers. Près de 2000 sortes d'oiseaux pollinisent des fleurs dans le monde. Certains mammifères comme la chauve-souris contribuent aux cycles de la matière par différents organismes, tels que les bactéries et les champignons ; à la stabilisation du climat par les végétaux qui emmagasinent le carbone, la formation et la stabilisation des sols, la filtration et la régénération de l'air et de l'eau.
UNESOURCE DE BIEN ÊTRE. La biodiversité a également un rôle social très important. La nature est considérée comme une source de bien être, de détente, d'inspiration, de randonnées pédestres, de vacances... Le tourisme vert est actuellement en plein développement. Les visites de sites naturels correspondent à 6,6 % des séjours touristiques. Au Mali, l'écotourisme est pilier du secteur du tourisme et constitue un puissant moteur du développement local. En effet, notre pays présente plusieurs types d'écosystèmes résultant de la diversité des conditions écologiques.
Ces derniers comprennent 5 types. On retrouve les écosystèmes désertiques au Sahara; les écosystèmes pré-désertiques au Sahel; les écosystèmes d'eau douce au delta central du Niger; les écosystèmes de savanes dans la zone soudanienne et les écosystèmes forestiers dans la zone guinéenne-nord. On distingue quatre zones bioclimatiques (entités homogènes définies par la combinaison des régimes d'humidité, de température des sols et la longueur de la saison agricole). Il recèle aussi un potentiel biotique important (espèces et ressources génétiques).
Ces grands systèmes écologiques comprennent 14 régions naturelles. Les régions naturelles qui présentent un grand intérêt à cause de l'important potentiel biologique qu'elles recèlent encore sont celles du Plateau mandingue, du Haut Bani Niger, du Delta Central du Niger, du Gourma et de l'Adrar des Ifoghas. La flore du Mali présente une grande variété d'espèces. Les statistiques de la direction nationale des Eaux et forêts a dénombré 1 739 espèces spontanées ligneuses réparties entre 687 genres provenant de
155 familles.
Dans notre pays, huit espèces de plantes sont considérées comme endémiques. La faune est caractérisée par la diversité des espèces et le nombre réduit des effectifs. Elle compte pas moins de 136 espèces de mammifères dont 70 espèces de grands mammifères, selon les estimations de l'Union mondiale pour la conservation de la nature (UICN). Les 42 espèces vivent dans les savanes soudaniennes occidentales et dans la zone sahélienne. Certaines de ces espèces sont actuellement en régression voire en disparition totale. C'est le cas des espèces comme le damalisque, l'élan de Derby, la girafe, la gazelle dama, l'oryx, l'addax, le mouflon à manchettes, l'hippopotame nain, le guépard, le lycaon, le lamantin, le pangolin, l'orycterope, le lion, l'éléphant, le chimpanzé, etc.
On dénombre au moins 640 espèces d'oiseaux dont 15 sont considérées comme rares. Les oiseaux migrateurs palé-arctiques passent les 75% du temps au delta central du Niger où ils viennent se protéger des rigueurs de l'hiver et s'engraisser pour affronter le voyage vers l'Europe. Ils profitent de l'alimentation abondante et se reproduisent entre deux migrations. Malgré l'absence de données récentes, on peut retenir que les cours d'eau du pays sont riches de près 143 espèces de poissons appartenant à 67 genres et 26 familles. Le cheptel dont le dernier recensement remonte à 1992, se compose de plusieurs races et de sous-races de bovins, d'ovins, de caprins, de camelins, d'équins, d'asins, de porcins. Le Mali est un centre important de domestication de nombreuses espèces de plantes cultivées pour lesquelles il existe plusieurs écotypes locaux et espèces apparentées. Il s'agit, entre autres, du riz, du sorgho, du niébé.
Extinction en masse. En dépit de leur importance, ces ressources sont en dégradation sous l'action conjuguée des aléas climatiques (sécheresses endémiques, érosion éolienne) et des activités humaines (défrichement, feux de brousse, surpâturage, braconnage, l'exploitation abusive des ressources halieutiques, pollution, introduction incontrôlée d'espèces exotiques). Face à l'ampleur du processus de dégradation, le Mali a adhéré à plusieurs conventions internationales favorisant la conservation de la diversité biologique.
La Convention sur la diversité biologique, issue de la conférence des Nations Unies sur l'Environnement et le développement durable, tenue en juin 1992 à Rio (Brésil), constitue la pièce maîtresse des efforts de la communauté internationale en vue de protéger et d'utiliser durablement une des plus grandes richesses de la terre, la diversité de la vie exprimée par les gènes, les espèces et les écosystèmes. D'après l'UICN, 25% des espèces mondiales de mammifères et 11% des oiseaux sont directement menacés d'extinction. Concernant les autres groupes biologiques, qui sont moins connus, les scientifiques prédisent l'extinction de 25 à 50% de toutes les espèces d'ici la fin du siècle si aucune mesure adaptée n'est prise. La nature, la qualité et l'hétérogénéité des habitats sont des éléments essentiels pour le maintien et le développement de nombreuses espèces animales et végétales.
Les principales causes de cette dégradation de la biodiversité sont, la fragmentation ou la dégradation et la destruction des écosystèmes et des habitats comme les massifs forestiers, les milieux bocagers, les zones humides, entraînant le risque d'extinction des populations en réduisant les capacités de déplacement, d'échanges génétiques et les possibilités de nutrition et de reproduction des espèces. Les techniques culturales modernes et l'intensification de l'agriculture (drainage, irrigation, abandon des terres, usages intensifs et répétés de pesticides, modification du génome par les Organismes génétiquement modifiés (OGM)).
L'urbanisation, les aménagements touristiques : l'équivalent de la superficie d'un département est bétonné tous les 10 ans en France (IFEN, 2009). Les pollution de l'air, de l'eau, des sols par les produits chimiques. A ce-ci s'ajoute le contexte de changement climatique global. D'après la direction nationale des Eaux et Forêts, l'augmentation des températures moyennes et l'assèchement des sols qui s'en suit, provoquent une évaporation d'eau trop rapide". Les arbres sont alors attaqués par des insectes car ils sont très affaiblis. Une pression de chasse trop importante, l'exploitation non raisonnée des forêts, la cueillette de fleurs menacées d'extinction ou la surpêche portent un coup dur à la biodiversité.
Les enjeux de la diversité biologique. De nos jours, les grands enjeux de la diversité biologique s'articulent autour de la recherche de moyens de protection, de gestion et de réhabilitation des écosystèmes. Parmi les obstacles qui freinent la préservation des ressources biologiques, figurent les conflits fonciers, l'insécurité foncière, l'insuffisance des moyens de l'État pour assurer la surveillance et la gestion appropriée des ressources, l'accroissement des besoins en ressources naturelles des populations, indique Alassane Boncana Maïga, directeur national des Eaux et Forêts. La pauvreté de l'immense majorité de la population oblige les hommes et les femmes à surexploiter les ressources biologiques. Ce qui en rend la restauration, la reconstitution et le développement particulièrement difficiles.
Les ressources biologiques sont vitales pour le pays, indispensables à la survie des populations. Elles jouent un rôle prépondérant, voire exclusif, dans la satisfaction des besoins alimentaires de la population. Elles ont aussi un rôle social, culturel, esthétique et éthique de premier ordre. Malgré cette importance des ressources biologiques dans la vie des populations maliennes, elles sont mal connues. Ce qui ne permet pas d'en tirer le meilleur profit. Les études sont rares et localisées. Des zones entières comme régions de Tombouctou, Gao et Kidal n'ont fait l'objet d'aucune investigation approfondie, indiquent les techniciens de la direction nationale des Eaux et Forêts.
La législation portant sur la protection et la conservation des ressources naturelles (forestières, fauniques, halieutiques) révèle deux niveaux de protection, selon le responsable des Eaux et Forêts. La protection générale comprend les mesures relatives à l'obligation édictée par l'État, les collectivités, les particuliers de protéger les ressources naturelles, la soumission à autorisation préalable pour l'exploitation et l'institution de réserves particulières soumises à régime restrictif. La protection spécifique englobe les mesures de conservation propres à certaines espèces et les mesures spéciales de protection.
C. A. DIA
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