Les deux leaders politiques maliens Ibrahim Boubacar Keïta (RPM) et Soumaïla Cissé (URD) ont rencontré séparément Amadou Haya Sanogo, le leader de la junte qui a renversé le président Amadou Toumani Touré. Voici ce qu'ils assurent avoir dit au capitaine putschiste.
Soumaïla Cissé, président de l'Union pour la république et la démocratie (URD)
« J'étais à Kati ce lundi matin pour répondre à une convocation du capitaine Sanogo. Je lui ai dit clairement ceci : nous sommes contre le coup d'État. Il y a des problèmes urgents dans ce pays. Les militaires ont la responsabilité de la sécurité intérieure - et fort à faire avec toute la casse à Bamako - et il y a aussi la sécurité au Nord qui relève de leur compétence. Nous exigeons le respect de la Constitution. Nous demandons l'ouverture des frontières et la libération des camarades emprisonnés arbitrairement (ministres et membres du gouvernement, leaders politiques).
Nous sommes dans un pays démocratique, et dans un pays démocratique, il y a des voies et des moyens d'accéder au pouvoir. Le monde a changé et il ne peut plus accepter de tels actes. S'ils [les putschistes, NDLR] aiment le Mali, nous aussi nous l'aimons. Ils disent leur vérité, nous aussi nous disons la nôtre car nous sommes tous maliens.
Et la vérité, c'est qu'aujourd'hui si nous coupons les ponts avec la communauté internationale, demain il n'y aura plus à manger à Bamako, et il n'y aura plus de carburant non plus. La sécheresse au Sahel va s'aggraver et c'est la population malienne qui va en souffrir. Ce qui est sage, aujourd'hui, c'est de faire marche arrière et de sortir le plus rapidement possible de cette situation ».
Propos recueillis par Baba Ahmed à Bamako
Ibrahim Boubacar Keïta, président du Rassemblement pour le Mali (RPM)
Ce texte est extrait d'un communiqué de l'ancien Premier ministre après sa rencontre, dimanche, avec le leader de la junte Amadou Haya Sanogo :
« Premier leader politique à condamner publiquement le coup d'État dès le 23 mars, IBK a rappelé, lors de l'entretien qui a duré 45 minutes, les principes démocratiques auquel le peuple malien est attaché. Il a surtout insisté sur la nécessité d'un retour rapide à la légalité constitutionnelle, en concertation avec les principaux acteurs civils et politiques, et demandé une nouvelle fois la libération de toutes les personnalités détenues. » Selon IBK, « la prise du pouvoir par l'armée ne se justifie pas, car seules des élections libres et transparentes peuvent garantir le changement. Il a au passage rappelé l'une de ses propositions phares : une nouvelle loi de programmation militaire visant à former, équiper et adapter l'armée malienne aux nouveaux défis sécuritaires. »
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