Capitaine,
Si le Président Amadou Toumani Toure présente sa démission, vous et vos hommes pouvez estimer que votre mission est accomplie.
Avec les missions de bonne volonté en cours actuellement à Bamako, des propositions de sortie de crise vous seront faites. Vous serez bien inspiré d'accepter la perche que l'on vous tend en permettant le retour à l'ordre constitutionnel dans le pays. C'est la seule opportunité pour vous et vos hommes pour sortir, la tête haute, de cet imbroglio.
Je sais que la tentation est grande de dire, comme Laurent Gbagbo : » j'y suis, j'y reste « . Ou de vouloir attendre la fin de la période transitoire pour quitter le pouvoir. Mais en faisant cela, vous risquez de sortir plutôt par la petite porte.
En effet tout report de retour à l'ordre constitutionnel aura des conséquences graves sur l'économie et la société maliennes en général et la réputation internationale du Mali dont vous dites être si fier.
Capitaine,
Vous et vos hommes auront eu le mérite de secouer le cocotier de la démocratie malienne et beaucoup de Maliens vous en seront reconnaissants, à condition que votre action soit, non pas le début d'une ère d'incertitude, mais le point de départ de reformes profondes. Réformes que vous et vos hommes serez toujours en mesure de suivre et d'accompagner. La bonne réussite de ces reformes passe par le retour immédiat à l'ordre constitutionnel.
Ils sont certainement nombreux ceux qui font le défilé dans votre bureau en vous disant des paroles mielleuses. Sachez qu'ils disent ces paroles non pas pour vous, mais pour eux-mêmes. Ils ont peut-être dit les mêmes paroles à d'autres avant vous. Ils les diront certainement à d'autres après vous.
Capitaine,
C'est quand on a le pouvoir, quand on est en position de force, qu'on doit et qu'on peut faire preuve de retenue et d'humilité. Beaucoup avant vous, au Mali et ailleurs, ont ignoré cette simple sagesse et se sont retrouvés en prison ou dans un autre monde.
Je suis sûr que vous et vos hommes ont agi et continuent d'agir animés de bonnes intentions. Malheureusement, l'histoire est jonchée de catastrophes qui sont les conséquences de bonnes intentions. Les intentions ne suffisant pas, ce qu'il faut, c'est d'écouter ceux-là mêmes au nom desquels vous pensez agir.
Je sais que vous ne voudrez pas finir comme le capitaine Dadis Camara, tout comme vous ne voulez pas passer les prochains mois à être constamment sur vos gardes.
Capitaine,
La porte de l'Histoire est grandement ouverte pour tous. Mais ils ne sont pas nombreux ceux qui peuvent passer son seuil.
Moussa Fofana
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