D'après certains analystes proches du dossier, les bandits armés de «l'Alliance de 23 mai» et leurs acolytes du groupe de Bahanga voulaient opérer une jonction pour s'emparer de la ville de Kidal. Sous ce rapport, l'échec du cantonnement a été plutôt salutaire.
De tous les officiels présents à Kidal, l'ambassadeur algérien au Mali, Abdelkrim Grhaeb, était le plus malheureux lorsque le constat d'échec de l'opération de cantonnement de quelques trois à quatre cents bandits armés s'est imposé.
Abdelkrim Grhaeb passe, en effet, ses derniers jours dans la diplomatie au service de son pays. Elu député lors des dernières législatives en Algérie, il doit quitter prochainement son poste à Bamako pour entamer sa nouvelle carrière parlementaire. Mais auparavant, il souhaite marquer son séjour au Mali d'une pierre blanche.
Facilitateur dans la mise en œuvre de l'Accord d'Alger du 4 juillet 2006, il veut ramener au bercail les enfants égarés qui ont rompu avec les forces armées où ils menaient une vie paisible et confortable pour aller se fourvoyer dans une "Alliance du 23 mai pour le changement" qui ne leur offre d'autre perspective que l'errance dans le désert, les attaques criminelles contre les garnisons et convois militaires, les poses de mines anti-personnel pour tuer ou mutiler des civils innocents, les vols de véhicules, y compris pour les ONG venues aider les populations locales en manque de tout, les prises d'otages militaires et civils.
Toutes choses qui relèvent du terrorisme ordinaire et pour lesquelles ils se placent dans une position détestable. En attendant peut-être d'avoir à rendre des comptes un jour ou l'autre.
Voilà pourquoi Grhaeb a initié cette opération de cantonnement des bandits armés qui devrait avoir lieu le lundi 5 janvier 2009.Il croyait tellement en son dénouement heureux qu'il avait sorti les grands moyens. Une équipe de la télévision nationale algérienne avait fait le déplacement. Le correspondant de RFI au Mali, Serge Daniel, était là aussi. L'événement devait avoir un retentissement international. Pour la gloire de l'Algérie et celle personnelle de Grhaeb.
Hélas! Il n'aura lieu ni ce jour-là, ni les jours d'après. Et c'est avec beaucoup de déception que Grhaeb, ainsi que le ministre de l'Administration Territoriale et des Collectivités locales, le Général Kafougouna Koné, le chef d'Etat major général des armées, le Général Gabriel Poudiougou et Iyad Ag Aghali, ex-chef rebelle dans les années 90 devenu conseiller au consulat général du Mali à Djedda (Arabie Saoudite) rejoindront Bamako, le mercredi 7 janvier.
Le coup, si l'on peut l'appeler ainsi, a échoué pour une raison bien simple, déjà évoquée dans ces colonnes mais dont les contours nous apparaissent maintenant avec plus de précisions.
Les trois cents ou quatre cents bandits armés ont refusé de se dessaisir de leurs armes, ce qui était déjà curieux si tant est qu'ils étaient animés d'une réelle volonté de paix. Mais un facteur a été déterminant dans la fermeté affichée par les officiels maliens sur ce point: la présence, à moins d'une dizaine de kilomètres de la ville de Kidal, de Bahanga et ses hommes.
Certains ont pensé-et ils n'avaient sûrement pas tort-que les bandits armés de la prétendue "Alliance du 23 mai pour le changement" et la clique de Bahanga avaient nourri le dessein de s'emparer du camp militaire de Kidal, comme ils ont déjà tenté de le faire, précisément le 23 mai 2006.
Les premiers se rendent aux autorités mais en conservant leurs armes, munitions et véhicules. La cérémonie une fois terminée, on passe aux choses sérieuses. Mieux équipés et mettant la surprise de leur côté, les bandits armés neutralisent les soldats gouvernementaux de la garnison pendant que les hommes de Bahanga leur apportent un appui extérieur.
La chute de Kidal, surmédiatisée par une certaine presse internationale déjà préparée à cette fin, aurait eu un retentissement tel que les Nations Unies auraient invité le Mali à envisager sérieusement l'option de l'autonomie qui est le vœu cher à toute cette camarilla du désert dont l'instinct criminel croît avec l'odeur du pétrole et de l'uranium. Entre autres.
Ils ont bien vu juste, ceux qui ont rapidement décidé, au vu de la situation, qu'il n'y aura pas de cantonnement sans désarmement préalable car l'avion transportant les officiels et l'ambassadeur algérien n'avait pas atterri à Sénou que les hommes de Bahanga prenaient en otages le Directeur régional d'EDM-SA, Kalil Touré et son comptable aux environs immédiats de Kidal. De pauvres civils qui vont souffrir aux mains des terroristes. Comme d'autres avant eux.
Autre élément digne d'intérêt: dans cette affaire, le rôle de Iyad Ag Aghali a paru ambigu, pour ne pas écrire pire. L'ancien rebelle reconverti en homme d'affaires prospère, qui continue à manger dans le râtelier du gouvernement, fait figure de négociateur en chef pour celui-ci. C'est sur lui que les autorités maliennes comptent pour faire accepter leurs thèses par les bandits armés.
Mais, curieusement, nous dit-on, c'est Iyad qui s'est fait leur ardent avocat lors de cette opération ratée de Kidal. Il a tout fait pour que ses frères en tribu gardent leurs armes et leurs munitions en revenant à Kidal. Heureusement que, pour une fois, il n'a pas été écouté.
Saouti Labass HAIDARA
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