Au temps du président Modibo Kéïta, un slogan était fort à la mode. Seriné à longueur de journée sur les antennes de la radio nationale il disait que « trois sortes de voleurs sont recherchés par la police : les bandits qui attaquent la nuit, les commerçants qui font du trafic et les clients des trafiquants. Toi, quelle sorte de voleur es-tu ? ».
Même en pleine guerre contre les parrains de cosa nostra de l'époque réunis autour du crime organisé, la question ne se posait pas car un voleur reste toujours un voleur. Même la fable de La Fontaine « l'âne et les trois voleurs » ne peut démentir cette évidence.
En plus elle montre, contrairement à ce qu'on dit, que les larrons ne s'entendent pas toujours en foire. En effet, si l'un des voleurs voulait garder l'âne, un autre le voulait vendre et pendant qu'ils étaient englués dans des querelles de marchands de tapis arrive alors un troisième larron qui enlève maître Alibaron.
De la même façon, on ne peut établir qu'un distinguo subtile entre ces prédateurs d'autrefois qui écumaient les mers pour piller les navires marchands étrangers, qu'ils s'appellent corsaires, forbans ou flibustiers. Si les premiers revêtaient tant soit peu un manteau d'honorabilité en portant une lettre de marque délivrée par le roi, les autres étaient de véritables hors-la-loi.
Ainsi, quels butins Jean Bart et le capitaine Surcouf n'ont-ils pas ramenés au nom du roi de France ? Tandis que les flibustiers étaient principalement établis dans l'île de la Tortue au nord d'Haïti. Tous ces brigands continuent de faire des émules en Somalie.
Taraudés par la misère, les gangs somaliens se sont transformés en pirates pour arraisonner les navires occidentaux dans l'océan indien. Ils prennent des otages, ils demandent des rançons. Aussi, tout comme le voleur, un pirate est un pirate, qu'il soit pirate de l'air, pirate de mer ou pirate de terre.
Des attentats contre les avions en plein vol à la pose de bombes dans les supermarchés en passant par la pose de mines antipersonnel dans le désert malien, la piraterie est le précurseur du terrorisme.
Malheureusement, de nos jours encore, certains s'inspirent de ces méthodes dignes des Wisigoths pour mettre toute une nation en péril. Car (il faut le dire) les poseurs de bombe ont fait de mauvais émules.
A côté des preneurs d'otages, l'on assiste désormais au spectacle ahurissant des preneurs de notes.
Peu importe la nature du butin, les méthodes employées vont du pareil au même : chantage et demande de rançon. Pendant que les élèves s'assagissent, ceux qui sont censés les éduquer se livrent à la surenchère. Pendant que les élèves sont en classe, les enseignants sont dans la rue.
Ils se fichent comme de l'an quarante de prendre leurs propres enfants en otage. Malgré les prières à genou adressées par le secrétaires général de l'AEEM.
Malgré les suppliques, presque les larmes aux yeux du premier ministre Modibo Sidibé et du ministre de l'éducation, le professeur Salikou Sanogo. Il y a peu les magistrats (les enfants gâtés de la république) avaient utilisé ou presque les mêmes méthodes pour obtenir la satisfaction de leurs chimères mais face à la réponse musclée des autorités, ils sont revenus à de meilleurs sentiments. Mais que peuvent ces mêmes autorités à qui l'on a demandé de prendre toutes leurs responsabilités, contre des milliers d'enseignants dont le hobby préféré est de mettre le feu à leur propre maison ?
La meilleure réponse est, sans doute, dans cette déclaration du pr Salikou Sanogo : « L'heure de vérité approche où chacun devra engager sa propre responsabilité vis-à-vis de l'école et de la nation et de l'avenir des enfants ».
A commencer par les enseignants. Et puis, après tout, tant s'en va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse.
Mamadou Lamine DOUMBIA
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