Après la rencontre historique avec le chef de l'Etat à Koulouba, le 26 août dernier, une commission de réflexion et de travail a été mise en place pour examiner les points litigieux du code des personnes et de la famille après son renvoi en seconde lecture, par le président ATT, à l'Assemblée nationale. Après un mois de travail, la commission ad hoc du HCIM a restitué ses travaux hier dimanche, au CICB, pour mettre tout le monde au même diapason sur la vision de l'islam et le projet de société de la communauté musulmane au sujet de ce code, mais aussi en conformité avec les us et coutumes du pays.
Responsables du Haut conseil islamique du Mali, imans, chefs religieux et coutumiers de Bamako se sont donné rendez-vous dans la salle Jeli Baba SISSOKO du CICB, hier matin, pour écouter le comité de réflexion et de travail du HCI dirigé par Mamadou DIAMOUTENE, le SG dudit HCI, appuyé par 11 personnes dont 8 ont suivi, depuis 10 ans, toutes les péripéties du code des personnes et de la famille qui fait l'objet de controverse après son vote par les députés le 3 août dernier. Il s'agit des personnes ci-après : Mohamed TRAORE, Ibrahim KONTAO, Abdoulaye Ali DIALLO, Aboubacar CAMARA, Kalilou CAMARA, Mamadou KONATE, Abdoul Aziz YATTABARE, Thierno Hady Oumar THIAM, Mohamed KIMBIRI, Hamidou MAGASSA et Moussa Boubacar BAH. Tous étaient au présidium, à l'exception de quelques absents pour raisons de voyage ou d'ennuis de santé, aux côtés du président du HCI, Mahmoud DICKO, qui était entouré d'autres personnalités religieuses comme Chérif Ousmane Madani HAIDARA, l'imam Koké KALLE, Modibo NIARE, mais aussi les familles fondatrices de Bamako à travers Bassidiki TOURE.
Après la lecture de quelques versets du Saint Coran par Abdarmane MAIGA à l'ouverture et les bénédictions de l'imam Kokè KALLE à la clôture, deux temps forts ont marqué ce rendez-vous des musulmans : le discours de bienvenue et les mots de remerciement du président du HCI, Mahmoud DICKO ; le compte-rendu du président de la Commission de réflexion et de travail sur le code, Mamadou DIAMOUTENE.
Hommages
Tout d'abord, le président DICKO a rendu grâce à ALLAH et à son prophète Mahomet (PSL), avant de rendre hommage aux imams, aux chefs religieux et coutumiers, aux responsables des associations et organisations islamiques pour avoir répondu à l'appel du HCIM sur la suite à donner au débat en cours sur le code des personnes et de la famille. Il a associé à cet hommage le chef de l'Etat qui a fait violence sur lui-même, le 26 août dernier, pour renvoyer le code en seconde lecture à l'Assemblée nationale par respect pour la communauté musulmane du Mali qui en avait fait la demande expresse. Car le code voté par les députés, le 3 août, est en porte-à-faux avec les valeurs de l'islam et les us et coutumes du pays. Il n'a pas oublié non plus de rendre un vibrant hommage au Chérif de Nioro du Sahel, Mohamédou Ould Cheick Hamallah HAIDARA, qui a exprimé son soutien indéfectible à la communauté musulmane du Mali dans son combat pour un code des personnes et de la famille qui respecte les valeurs islamiques dans notre pays. « Je suis engagé dans ce combat, toute ma famille est engagée dans cette lutte et tous les disciples de mon père Cheick Ahmada Hamahoullah sont engagés dans cette voie de la défense de l'islam », a assuré le Chérif de Nioro.
Commission ad hoc
Ensuite, l'imam DICKO a mis le doigt sur le point focal, l'ordre du jour lui-même : l'information des imams, chefs religieux et autres responsables d'associations et organisations islamiques pour être les relais auprès des fidèles musulmans de la position du HCIM sur le code des personnes et de la famille avant et après son adoption par l'Assemblée nationale, mais aussi après son renvoi en seconde lecture par le président ATT. Suite auquel renvoi, a-t-il justifié, ont été suspendues jusqu'à nouvel ordre toutes les mesures qui avaient été prises par le HCIM et ses démembrements à l'encontre des initiateurs et défenseurs du nouveau code des personnes et de la famille parce que celui-ci ne reconnaît pas ou ignore les valeurs islamiques et les us et coutumes en usage dans le pays. En effet, a-t-il informé, une commission ad hoc a été constituée par des jurisconsultes du droit musulman, des juristes rompus dans le droit dit positif et des gens bien imprégnés des us et coutumes du pays, pour lire et réfléchir davantage sur le code des personnes et de la famille en fonction des valeurs islamiques, du projet de société de la communauté musulmane et de la vision du monde des Maliens enracinés dans leurs cultures et leurs valeurs sociétales. Ladite commission a remis son rapport, après un mois de travail, au bureau du HCIM qui l'expose à son tour devant ces imams et chefs religieux. Le but, selon M. DICKO, étant de se mettre d'accord sur l'essentiel en termes de propositions ou d'amendements à faire aux plus hautes autorités du pays pour préserver les valeurs islamiques et les us et coutumes du Mali. « Nous devons réaliser le consensus sur nos points de vue et pouvoir ainsi parler d'une même voix », a-t-il martelé.
Unité d'actions
Mais le président du HCIM a déploré ce qui se passe actuellement sur le terrain : la multiplication des ateliers et forums d'information et de sensibilisation sur le code par presse interposée. « Ça crée la confusion », a-t-il dénoncé. Sinon, a martelé l'imam DICKO, le HCIM a d'autres missions dans le pays au-delà du code des personnes et de la famille, celles d'assainir et de moraliser le pays. En effet, a-t-il énuméré, il y a d'autres problèmes brûlants dans le pays qui méritent qu'on y prête attention: la mauvaise gouvernance, les nombreux dérapages, le brigandage, l'injustice, la santé, etc. « Ce sont des choses qu'il faut dénoncer et je ne cesserai jamais de dénoncer l'injustice », a soutenu le président du HCIM.
Pour terminer, l'imam DICKO a prôné l'entente, la cohésion, le pardon et la patience parmi les musulmans dont le seul ennemi reste Satan. « Nous devons agir par la raison et non par le cœur », a-t-il conseillé. En manifestant dans la paix, la sérénité et la sécurité à la grande Mosquée de Bamako, dans les rues et au stade du 26 Mars de Yirimadio, les musulmans du Mali ont donné la preuve qu'ils sont responsables et patriotes et que la discipline et le respect des consignes règnent en leur sein. « Rien ne nous fera dévier du chemin de Dieu », a-t-il conclu.
Quant à Mamadou DIAMOUTENE, il a brossé la genèse du code et la participation des musulmans aux ateliers de préparation et d'élaboration dudit code, avant de revenir en détail sur les principaux points litigieux par rapport aux valeurs islamiques et aux us et coutumes du pays.
Intox
Mais participation ne signifie pas accord, a tenu à préciser M. DIAMOUTENE dès l'entame de ses propos. Car, a-t-il dénoncé, les défenseurs du code de la famille distillent des informations selon lesquelles le texte est le fuit de larges concertations sans exclusive, avec la participation effective des musulmans par le biais du HCIM. Les musulmans ont certes participé aux travaux il y a une dizaine d'années, à travers l'AMUPI et le Collectif des associations islamiques du Mali, alors que le HCIM n'était pas encore créé. Celui-ci ayant pris le relais à sa création en janvier 2002 par le truchement de ses représentants : Mamadou DIAMOUTENE, Mohamed KIMBIRI et Thierno Hady Oumar THIAM. Ces derniers ont toujours défendu dans les commissions et ateliers les valeurs islamiques et sociales du Mali, sans être écoutés par les autres membres des commissions et ateliers en question. Par exemple, a cité M. DIAMOUTENE, tout le monde est tombé d'accord sur un point, de Kayes à Kidal : la valorisation du mariage religieux à travers sa légalisation. Or, le nouveau code des personnes et de la famille n'en fait même pas cas : il est simplement ignoré. D'autre part, en juillet 2009 au Centre Aoua KEITA, le HCIM, avec son président en tête, a refusé de participer à un atelier de validation et de plaidoyer en faveur du code des personnes et de la famille pour ne pas cautionner le projet de texte qui allait être envoyé à l'Assemblée nationale, à part une présence symbolique au début pour ne pas manquer de courtoisie après avoir reçu une invitation dans ce sens. Par ailleurs, une semaine avant le vote historique de l'Assemblée nationale le 3 août dernier, c'est-à-dire le 27 juillet, une délégation du HCIM, conduite par son président DICKO, a rencontré la commission parlementaire des Lois pour répondre, 3 heures durant, à une dizaine de questions posées par celle-ci. Mais ladite commission n'a pas tenu compte de ces réponses dans le vote du texte le 3 août.
Les points de discorde et amendements
Après ces mises au point, M. DIAMOUTENE est rentré dans le vif du sujet avec les points litigieux qui peuvent se résumer dans trois questions principales : le mariage, la famille et l'enfant, l'héritage. Sur chacun de ces points, il a donné lecture de l'article du code adopté, pour ensuite livrer les propositions ou amendements du HCIM en termes de suppression, de rajout ou de formulation. Il s'agit d'une trentaine d'articles 5, 26, 35, 281, 305, 311, 317, 359, 363, etc.
Sur l'article 5, il est proposé d'ajouter : « Sauf des actes à caractère coutumier ou religieux ».
Article 24, le terme « personne » a été préféré à « l'homme et la femme » en matière de protection.
Article 35, le principe de l'islam est la « non filiation » de l'enfant adopté.
Articles 26 et 36, ajouter « avec accord du mari ».
Article 281, il est demandé la « suppression de la laïcité » au profit de « l'acte civil et public, célébré devant l'officier d'état civil et le ministre du culte ».
Article 282, l'âge requis du mariage est de « 15 ans pour les filles et 18 ans pour les garçons » comme dans l'ancien texte encore en vigueur.
Article 284, ajouter « avec le consentement des 2 parents ».
Article 305, ajouter « changement de régime par consentement ».
Article 311, substituer « respect » par « obéissance » des enfants envers leurs parents.
Article 317, il n'y pas « d'obligation » pour la femme en matière de charges familiales.
Il y a même contradiction entre les articles 359 (les époux libérés de leurs obligations) et 363 (droit à la pension pour l'époux divorcé).
Pour l'enfant, il est soit légitime (issu du mariage) soit naturel (non issu de mariage), mais pas d'enfant « par adoption ». Par ailleurs, un enfant naturel ne peut être « légitimé » par quelque voie que ce soit.
L'adoption est acceptée pour « aide et assistance », mais l'islam n'admet pas « la filiation/héritage ».
En ce qui concerne la parenté, elle s'obtient soit par le sang soit par le mariage, mais jamais par « adoption » qu'il faut « supprimer ». En revanche, selon le HCIM, on peut ajouter la parenté « par le lait ».
Il n'y a de tutelle pour l'enfant qu'après « le décès du mari ».
Pour la médiation du mariage, ajouter « l'imam et le chef coutumier » qui jouent déjà ce rôle dans la société.
En matière d'héritage, le HCIM récuse le principe d'égalité entre homme et femme, d'une part, et entre enfant légitime et enfant naturel, d'autre part. Concernant la part des parents dans l'héritage, le HCIM estime que « le 1/10 est peu ». Pour conclure sur ce thème, le HCIM propose la prise en compte de la religion, de la coutume et du droit positif ; mais avec l'obligation d'écrire ou de faire témoigner pour la personne qui veut que son héritage soit réglé suivant le droit positif.
Selon les initiateurs de cette rencontre, une mission du HCIM va sillonner les 8 régions du pays pour donner sa version des faits et éclairer la lanterne des musulmans sur les points de désaccord avec les défenseurs du code des personnes et de la famille, mais aussi les propositions et amendements du HCIM dans le cadre de la relecture dudit code par l'Assemblée nationale.
Par Seydina Oumar DIARRA-SOD
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loreine
August 14, 2010 41.191.85.137 Votes: +0 |
Bonjour Abus
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