Faire de l'Afrique un continent prospère et jouissant d'une sécurité alimentaire dont la réalisation passe par la croissance agricole rapide et durable axée sur les paysans aux ressources limitées, telle est l'ambition de l'Alliance for a Green revolution in africa (AGRA) ou Alliance pour une révolution verte en Afrique. C'est dans ce cadre que s'est tenu, avant-hier, dans notre capitale, un séminaire international des média sur ce programme africain.
Ils sont des journalistes venus du Burkina, du Ghana, du Mali, du Niger et du Nigeria à prendre part à cette rencontre organisée par l'Alliance pour une révolution verte en Afrique. Un programme africain qui vise à résoudre les problèmes de dépendance de l'Afrique par rapport à l'aide alimentaire et de parvenir à la sécurité alimentaire. L'objectif de ce séminaire était d'imprégner les professionnels de la presse des tenants et les aboutissants du programme. Plus précisément, il s'agissait pour eux de comprendre la notion de révolution verte, pourquoi une telle révolution, comment y parvenir et avec quelles stratégies ?
L'Alliance pour une révolution verte en Afrique créée l'an dernier grâce à un don de 150 millions de dollars de la Fondation Bill et Melinda Gates et de la Fondation Rockefeller, cherche à aider des millions de petits exploitants et leurs familles à travers l'Afrique à s'affranchir de la pauvreté et de la faim grâce à une augmentation durable de la productivité et des revenus agricoles. Elle a son siège à Nairobi au Kenya et travaillera sur l'ensemble du continent à travers une série d'actions concernant la « chaîne de valeur » agricole, allant du renforcement des marchés agricoles locaux et régionaux au soutien à l'amélioration de l'irrigation, la qualité des sols et la formation des paysans, le soutien au développement de nouvelles semences à même de résister au dur climat africain.
L'Alliance est une réponse aux appels récents des dirigeants africains pour ouvrir une nouvelle voie vers la prospérité en encourageant le développement agricole du continent. Elle veut aider à inverser des décennies de relative négligence dans le financement du développement agricole de l'Afrique. Elle fait sienne la vision exposée dans le Programme Global de Développement Agricole pour l'Afrique (CAADP) de l'Union africaine (UA) qui vise une croissance annuelle de la production de denrées alimentaires de 6 % à l'horizon 2015. A travers ce programme, il s'agit de transformer l'agriculture africaine en un système hautement productif et durable pour permettre au continent d'être autosuffisant au plan alimentaire et assurer sa sécurité alimentaire. Contrairement à la révolution verte en Amérique latine qui profite essentiellement aux grands exploitants agricoles en raison du fait qu'ils ont accès aux systèmes d'irrigation et sont donc à mesure d'utiliser les variétés améliorées, l'AGRA, selon son président, Dr Namanga NGONGI, élabore des programmes spécifiquement orientés vers la résolution des problèmes qui se posent aux paysans africains aux ressources limitées.
Pour parvenir à cette révolution verte, il faut des stratégies à mettre en œuvre. C'est en cela qu'est intervenu Dr André BATIONO, chargé de programme principal, qui a fait remarquer que l'Alliance s'inspire des succès de la première révolution verte qui a permis de considérablement accroître la productivité agricole en Asie et en Amérique latine, mais cherche également à tirer des enseignements de certaines de ses faiblesses. « La première révolution verte a permis de doubler la production agricole, voire plus, de sauver des centaines de millions de vies. Cependant, cette expérience a également permis de voir à quel point il est important de s'assurer que les petits exploitants sont les premiers bénéficiaires de nos efforts, et que le consommateur et les questions liées à la santé environnementale font partie intégrante du processus de développement agricole », a-t-il déclaré. C'est pourquoi l'Alliance s'est engagée à se construire sur ces bases et à développer un partenariat global avec les petits exploitants, les chercheurs, les gouvernements nationaux, les fondations et d'autres bailleurs de fonds, les groupes de la société civile et les entrepreneurs du secteur privé. Elle travaille déjà avec des agronomes et des petits exploitants africains pour utiliser les techniques conventionnelles de sélection et développer des variétés à plus haut rendement et plus résistantes pour les principales cultures vivrières et réfléchir aux moyens de les distribuer. Elle appuie également des programmes pour augmenter le nombre de chercheurs agricoles africains et un programme pour suivre et évaluer son travail. Elle lancera bientôt une initiative pour améliorer la qualité des sols en Afrique, qui sont parmi les plus appauvris du monde. Sa stratégie est de transformer la pauvreté rurale, d'aujourd'hui, en une prospérité future par l'accroissement durable et significatif de la productivité des paysans aux petites exploitations. Pour ce faire, le programme s'est fixé trois buts principaux. Il s'agit de réduire, d'ici à 2020, l'insécurité alimentaire de 50 % dans 20 pays au moins ; doubler les revenus de 20 millions de familles de producteurs ; et de mettre 30 pays au moins sur la voie de la réalisation et de la consolidation d'une révolution verte africaine sans précédent.
Outre la mise en œuvre de sa stratégie, l'AGRA, à travers un partenariat, soutient les secteurs publics et privés pour l'atteinte de la révolution verte. Au Mali, cela se traduit par un appui à l'Institut d'économie rurale (IER) pour mettre au point des variétés améliorées des hybrides de sorgho, le riz adapté à divers écosystèmes, le maïs résistant à la sécheresse et aux maladies. Aussi, s'atèle-t-elle à améliorer l'accès des paysans et des activités commerciales de ces derniers au crédit abordable et soutient un réseau de plusieurs centaines de distributeurs d'intrants et de semences.
Par Mohamed D. DIAWARA
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