C'est le dimanche, c'est-à-dire 24h avant l'ouverture de la session parlementaire d'octobre le 5 du mois, que la Commission ad hoc du HCIM a rendu public le premier jet de sa réflexion sur le nouveau code des personnes et de la famille qui se trouve justement en seconde lecture à l'Assemblée nationale après le vote du texte, le 3 août dernier, par les députés à une majorité écrasante. Est-ce innocent ?
Si ce n'est pas un avertissement, c'est une douce pression exercée par le Haut conseil islamique du Mali sur les députés de l'Assemblée nationale dont la session dite budgétaire a débuté lundi ; car c'est la veille même de l'ouverture de cette session parlementaire, le dimanche 4 octobre, que le HCIM a donné rendez-vous, au CICB, aux imams, chefs religieux et coutumiers pour s'approprier le rapport qui a été rédigé par une Commission ad hoc sur le code des personnes et de la famille dont certains articles font l'objet de polémique et de rejet par la communauté musulmane du pays qui juge lesdits points contraires aux valeurs islamiques et sociétales du Mali.
Les questions qui fâchent
Par le passé, précisément le 27 juillet 2009, le HCIM a répondu à une invitation de la Commission des Lois de l'Assemblée nationale pour réagir sur une dizaine de questions relatives aux aspects sur lesquels portent les réserves de la communauté musulmane du pays. Ces questions peuvent se résumer, grosso modo, à trois aspects fondamentaux : le mariage, l'héritage, la famille et l'enfant ; tous sous-tendus par le principe de l'égalité ou de la parité entre le mari et sa femme, d'une part, entre l'enfant légitime et l'enfant naturel, d'autre part. Sans compter que ledit code s'attaque aussi à un fondement de la culture malienne et même africaine, à savoir la circoncision/excision qui est implicitement interdite par l'article 5 qui stipule : «Il ne peut être porté atteinte à l'intégrité de la personne humaine qu'en cas de nécessité médicale pour la personne (Alinéa). Le consentement préalable de l'intéressé doit être recueilli, hors le cas où son état rend nécessaire une intervention thérapeutique à laquelle il n'est pas à même de consentir ». Et l'article 14 de préciser : « Le juge prescrit toutes mesures propres à empêcher ou faire cesser une atteinte illicite au corps humain ou des agissements illicites portant sur des éléments ou des produits de celui-ci. (Alinéa) Il prescrit de même, toutes mesures propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée ». En réalité, il s'agit des Mutilations génitales féminines (MGF) qui désignent, selon la Convention relative aux droits de l'enfant (CDE) et la Charte africaine des droits et du bien-être de l'enfant (CADBE) que le Mali a signées, toutes les procédures qui consistent à enlever partiellement ou totalement les organes génitaux externes féminines ou à leur infliger d'autres lésions, pour des raisons culturelles ou autres ne relevant d'aucune nécessité médicale.
La coutume ancestrale
« L'un des plus célèbres voyageurs et sans doute ancêtre des historiens, Hérodote, ce Grec d'Halicarnasse en Asie mineure, visita l'Égypte vers 450 avant notre ère et lui consacra un ouvrage entier. Grâce à cet érudit, nous connaissons bon nombre de traits concernant la vie et les mœurs des Égyptiens. Il rapporte notamment ceci : "On dit que les Colchidiens sont des Égyptiens. Je le crois bien volontiers, pour deux motifs. Le premier c'est qu'ils sont noirs et qu'ils ont les cheveux crépus. Le second et le principal, c'est que les Colchidiens, les Égyptiens et les Éthiopiens sont les seuls hommes qui se fassent circoncire de temps immémorial, les Juifs et les Syriens l'ayant appris d'eux." Diodore de Sicile d'ajouter : "Les Éthiopiens disent que les Égyptiens sont l'une de leurs colonies qui fut menée en Égypte par Osiris. Ils prétendent même que ce pays n'était au commencement du monde qu'une mer, mais que le Nil, entraînant dans ses crues beaucoup de limon d'Éthiopie, l'avait enfin comblé et en avait fait une partie du continent. Ils ajoutent que les Égyptiens tiennent d'eux, comme de leurs auteurs et de leurs ancêtres, la plus grande partie de leurs lois ; c'est d'eux qu'ils ont appris à honorer les rois comme des dieux et à ensevelir leurs morts avec tant de pompe ; la sculpture et l'écriture ont pris naissance chez les Éthiopiens (Histoire universelle, Livre 3.) Quant à Aristote, dont le ton semblait méprisant, notait que : "Ceux qui sont excessivement noirs sont couards, ceci s'applique aux Égyptiens et aux Éthiopiens." Et pour conclure avec Maspero, sans doute poussé par une démarche identique à la nôtre, qui résuma l'opinion de tous les écrivains de l'antiquité sur la "race égyptienne" en ces termes : "Au témoignage presque unanime des historiens anciens, ils appartiennent à une race africaine, entendez : nègre, qui d'abord établie en Éthiopie, sur le Nil moyen, serait descendue graduellement vers la mer en suivant le cours du fleuve." Voilà quelques-uns des témoignages sans doute dignes de foi, selon Tidiane N'DIAYE, un Egyptologue cité en août dernier par Africultures dans un article intitulé « Égypte négro-africaine : vérité historique ou récupération afro centriste ? ». Donc, le Noir se reconnaît moins par la couleur de la peux ou les cheveux crépus que par sa culture à pratiquer la circoncision/excision (procédures qui consistent à enlever partiellement ou totalement les organes génitaux externes féminins/masculins ou à leur infliger d'autres lésions, pour des raisons culturelles ou autres). Aussi, le HCIM recommande-t-il d'ajouter au premier alinéa de l'article 5 : « Sauf pour des raisons coutumières ou religieuses ». Car, comme on le voit, c'est une pratique antérieure à l'islam de plusieurs millénaires, Hérodote lui-même parlant de « temps immémorial » à son sujet.
Le revolver politique
Malgré tout, le HCIM n'a pas été écouté par l'Assemblée nationale qui a voté ledit code 6 jours plus tard, c'est-à-dire le 3 août, sans tenir compte de ses observations. Aussi, cette sortie à la veille même de la rentrée parlementaire est-elle perçue comme un avertissement, sinon une mise en garde du HCIM à l'endroit des députés qui savent désormais à quoi s'en tenir en la matière après le renvoi du code pour une seconde lecture. En effet, ces derniers temps, les musulmans se sont battus, comme un seul homme, contre les dispositions du nouveau code des personnes et de la famille avec le résultat que l'on sait : le renvoi du texte par le président de la république en seconde lecture à l'Assemblée nationale pour y prendre en compte les préoccupations de la communauté musulmane, mais aussi les valeurs sociales positives du Mali profond et réel. D'autre part, cette unité d'actions a montré la force des musulmans comme une alternative politique et électorale. « Nous allons sanctionner ces députés qui ont adopté ce code et tous ses responsables. Nous demandons au président de ne pas le promulguer, qu'il renvoie le Code à l'Assemblée nationale pour une seconde lecture. S'il ne le fait pas, nous les sanctionnerons tous, et nous en avons les moyens, qu'on ne s'y trompe pas, nous en avons les moyens (...) Nous sommes des croyants, nous n'allons pas mettre le pays à feu et à sang », a déclaré le président du Haut conseil islamique du Mali, Mahmoud DICKO, lors de l'Assemblée générale tenue le dimanche 9 août à la Grande Mosquée de Bamako, comme pour dire que «l'arme secrète » des musulmans, c'est leur « bulletin de vote » à l'avenir. C'est aussi la raison pour laquelle, tout le monde ne veut pas de l'unité de cette communauté qui peut se révéler être une force civile incomparable comme le «faiseur de roi politique ».
Par Seydina Oumar DIARRA-SOD
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