Alors que le Premier ministre et le ministre l'Education de base de l'alphabétisation et des langues nationales « souhaitent » une rentrée en rose, les parents et les élèves la voient plutôt en noir. Premier couac d'une année scolaire qui commence mal : la non orientation de milliers d'élèves admis au DEF, session 2008-2009.
La liste des orientations des élèves admis au diplôme d'études fondamentales, cette année, a été publiée sur le site de la cellule de planification et de statistique du ministère de l'Éducation nationale, la semaine dernière. Cette année, comme les précédentes, les critères d'orientation des admis au DEF élaborés par la commission nationale et les comités régionaux d'orientation écartent les élèves âgés. Cependant, à la différence de l'année dernière, une importante innovation a été introduite pour les orientations de l'année académique en cours. En effet celles-ci ont été effectuées sur la base des performances de l'élève à l'examen au DEF, la scolarité et non plus uniquement sur le critère de l'âge. Aussi, le genre a-t-il été pris compte dans le but d'établir une discrimination positive en faveur des filles. Les sélections effectuées pour caser le maximum d'élèves en fonction des places disponibles ne permettent pas d'orienter certains élèves qui affichent plus de 4 ans de scolarité (donc qui ont doublé plus d'une fois) au second cycle. Idem pour les élèves âgés de plus de 17 ans, sans distinction de sexe ainsi que ceux de 17 ans qui ont 3 ans de scolarité au 2è cycle et n'ont pas obtenu une moyenne supérieure ou égale à 10/20 au DEF. Ainsi pour accéder à l'enseignement secondaire, les titulaires du DEF doivent être âgés de 15 ans et avoir au plus 4 ans de scolarité au second cycle ; être âgé de 15 ans, avoir au plus 3 ans de scolarité au second cycle et avoir une moyenne supérieure ou égale à 7 /20 ; être âgé de 15 ans, avoir 4 ans de scolarité et avoir une moyenne supérieure ou égale à 12/20. Sont également orientables, selon l'arrêté n°2491 portant sur les critères d'orientation, les filles de 16 ans ayant au plus 3 ans de scolarité au second cycle et une moyenne stricte supérieure ou égale à 7/20 ; les garçons de même âge et de même scolarité mais ayant une moyenne stricte supérieure ou égale à 10/20. De même, les filles de 17 ans ayant au plus 3 ans de scolarité et une moyenne supérieure ou égale 10/20 dans la salle d'examen ; les garçons dans les conditions identiques d'âge et de scolarité mais avec cette fois-ci une moyenne stricte au moins de 12/20.
Sur les 80 465 élèves réguliers admis au DEF, seuls près de 72 000 sont orientés dans les établissements publics et privés. Les quelques 18 507 autres admis sont considérés comme non orientés. Sur ce nombre, seulement 62 % seront pris en compte, selon les sources, par le volet formation du ministère de l'Emploi et de la Formation professionnelle et les instituts de formation des maîtres (IFM).
En termes plus clairs, le système éducatif malien, après le DEF, n'a plus de place pour les 38 % des élèves restants qui ont pourtant décroché comme les autres leurs précieux diplôme. L'année dernière, on se souvient, c'étaient les élèves de 17 ans admis au DEF qui n'étaient pas orientés. Tout comme en 2007, c'était les 18 ans qui étaient les victimes du système. Cette année, sans crier gare : la barre est montée d'un cran. La vague des non orientés touche les 15 ans avec une scolarité normale mais dont le malheur a été d'obtenir une moyenne inférieure à la norme exigée qui est de 7/20. A 15 ans, un jeune non orienté au Mali, cela équivaut à un drame social consommé. L'inscription scolaire, il y a une décennie , dans notre pays, ne se prêtait nullement à ce durcissement de condition d'orientation, tel qu'il est vécu aujourd'hui par les élèves et les parents d'élèves. Comme une fatalité, le couperet tombe : un jeune de 15, 16, 17 ans et plus, même admis au DEF, peut ne plus être orienté. Cette mesure drastique évoque également une certaine injustice d'autant plus que dans un passé encore récent, dans notre pays, la tendance générale était de refuser systématiquement l'inscription à école de tous les enfants qui n'avaient pas les sept années révolues. Dans un passé encore récent, c'était cela la bonne politique applicable chez les maîtres et les directeurs d'écoles publiques. Comme on le dit : gouverner, c'est prévoir. Alors que notre système scolaire cherche à améliorer son taux de scolarisation, qui est encore au plus bas, c'est en ce moment même que notre pays se décide de se débarrasser d'un fort contingent de scolaires, encore en âge de scolarité, qui ne sont pas orientés malgré le DEF en poche.
Mais seulement voilà, en se prêtant à ce jeu d'incohérences, l'école malienne s'installe elle-même dans l'approximatif. En voici la preuve : au centre de Nioro, à l'école SC ‘‘A'', le candidat n°52, 17 ans, 4 ans de scolarité, avec 4,44 de moyenne stricte, a été orienté à l'Institut polytechnique de la même ville alors que cet autre candidat n°405, de l'académie de Koulikoro, dans les mêmes conditions que le premier n'est pas orienté avec son DEF en main. Que dire du cas de ce garçon, 18 ans, 3 ans de scolarité, avec une moyenne stricte de 10,28 qui a été orienté dans un Institut de formation, alors que son camarade, dans le centre de Djiré, à Tombouctou, qui affiche la même scolarité mais avec une moyenne légèrement supérieure (12,00) n'a pas eu cette chance. Ce sont là des cas extrêmes qui mettent à nu les incohérences du système éducatif malien.
Par Mohamed D. DIAWARA
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