Le salarié malien tire le diable par la queue. La fin du mois est arrondie par des consultations hors services.
Comment le salarié moyen vit-il ? Comment les chefs de famille, qui sont souvent les seuls à travailler, subviennent-ils aux besoins de la famille élargie. Ce sont des interrogations qu'un fonctionnaire burkinabé en séjour au Mali a posées à un collègue malien M. D.
Tout le monde est unanime pour dire que le décalage est énorme entre les salaires et la "dépense". Le salaire minimum interprofessionnel garanti (smig) s'élève à 28 460 F CFA et le revenu mensuel moyen est d'environ 35 412 FCFA. Malgré tout, le salarié malien parvient à joindre les deux bouts. Mais de quelle manière ?
Devant les dépenses colossales chacun essaye de faire ce qu'il peut pour s'en sortir. Les fonctionnaires de l'Etat parviennent à arrondir les fins du mois grâce aux frais de missions et autres avantages (logement d'astreinte, eau et électricité gratuites, bons d'essence par exemple).
C'est surtout au niveau du privé que les salariés ont du mal à joindre les deux bouts. On se limite le plus souvent aux simples salaires ou à des consultations hors services. M. D., un employé dans une société de manufacture payé à 65 000 F CFA témoigne : "Par mois, le prix moyen du loyer s'établit autour de 25 000 FCFA. L'abonnement mensuel téléphonique est à 10 000 F CFA, le sac de riz de 50 kg à 15 000 F CFA sans oublier les frais d'ordonnances et de condiments qui avoisinent les 20 000 F CFA".
A l'en croire, le complément de ses dépenses est assuré le plus souvent par sa femme qui se débrouille dans la vente des jus et du charbon de bois. A la différence du public qui respecte la grille salariale, l'employeur du privé ne respecte pas assez le Code du travail qui régit les relations de travail quand bien même des conventions collectives existent pour chaque secteur d'activité.
Amadou Sidibé
LE SALAIRE VU PAR UN ECONOMISTE
Une somme d'argent versée à un employé
Le salaire est une somme d'argent versée à un employé ou à un salarié qui, en échange effectue un travail, explique Amadou Djéry Bocoum, économiste à la Bourse régionale des valeurs immobilières du Mali. A ses dires, le montant versé dépend du contrat de travail.
Pour l'économiste, le principe du salaire est d'être versé régulièrement tout au long de la durée du contrat. Son versement peut-être fait par semaine, par trimestre ou, ce qui est le plus répandu au Mali, par mois. Dans ce dernier cas, on parle de salaire mensuel.
Le salaire annuel, explique-t-il, est utilisé pour mesurer les revenus d'activités des travailleurs sur une année civile en sus des douze mois de salaires, s'il y a eu une période de chômage, sont inclus les primes et l'éventuel treizième mois.
Dans l'idée de comparer et d'évaluer les revenus, le salaire horaire ou taux horaire est utilisé pour comparer les rémunérations à la tache des employés dont le temps de travail diffère de ceux qui travaillent à plein temps et ceux qui travaillent à temps partiel.
Selon l'économiste, dans la législation malienne, une partie du salaire est touchée directement par le salarié. Une autre partie est consacrée aux systèmes de solidarité qui sont entre autres, l'épargne à la retraite, l'assurance maladie.
Denis Koné
SALAIRE MALIEN DANS LA SOUS-REGION
Des broutilles
Le Mali fait partie des plus bas salaires de la sous-région. Une situation qui se reflète par le niveau du Smig.
Le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) est l'élément déterminant du salaire dans un pays. Il permet de connaître le niveau de vie d'un travailleur parce qu'il fixe le plafond au-dessous duquel un fonctionnaire du privé ou du public ne doit pas être payé.
Le Mali, le Togo et le Niger occupent la queue de peloton des plus bas Smig de la sous-région. Au Mali, le Smig est de 28 460 F CFA contre 28 000 F CFA au Togo et 28 347 F CFA au Niger.
Le Sénégal, le Burkina Faso et le Bénin sont les plus nantis. Le Smig sénégalais est de 36 245 F CFA contre 32 218 F CFA au Burkina Faso et 31 625 au Bénin F CFA. Au Gabon, en Afrique centrale, le Smig est passé de 80 000 à 150 000 F CFA en 2010.
Mais dans certains pays, le Smig n'a aucune commune mesure avec les salaires tellement le fossé est grand. Il y a des pays où des PDG ou certaines catégories de fonctionnaires (le président du Conseil sénégalais des chargeurs ou celui de l'Agence de régulation des postes et télécommunications) touchent entre 6 à 8 millions de F CFA de salaires par mois en plus des avantages financiers estimés à plus de 6 millions de F CFA, alors que le Smig n'atteint pas 40 000 F CFA.
Ce débat, en cours au Sénégal, a fait l'objet de sévères critiques de la part des syndicalistes qui ne comprennent pas cette distorsion entre le Smig et le traitement de ces citoyens qui ne vivent pas sur la même planète que leurs concitoyens.
Abdrahamane Dicko
MICRO-TROTTOIR
Des citoyens à propos de leurs salaires
Dans le micro-trottoir ci-dessous, des Bamakois se prononcent sur leurs salaires qu'ils trouvent insignifiants. Réactions.
Ousmane Traoré (hôtelier) :
" Le salaire n'est que de nom au Mali. Ça ne veut rien dire. C'est la même maigreur dans les services privés et publics, les travailleurs sont sous-payés".
Aïchata Diarra (secrétaire) :
" Nos salaires sont insignifiants. Il faut les améliorer pour mieux combattre la corruption et la misère généralisées".
Abdramane Samaké (enseignant) :
" Nos salaires sont modiques par rapport aux coûts de la vie. Le problème au Mali c'est que quand on ajoute un franc au salaire aujourd'hui, demain les prix des denrées de première nécessité montent en flèche. C'est toujours 5 F CFA contre 50 F CFA".
Moussa Doumbia (ingénieur) :
" Les salaires sont très insignifiants. Il est très difficile de lutter contre la corruption comme ça".
Propos recueillis par
Sidiki Doumbia
SALAIRE
Ce que dit la loi...
Le paiement du salaire doit toujours être matérialisé par un bulletin de salaire.
Le salaire est la contre partie du travail effectué par un travailleur dans un temps déterminé. Le plus souvent c'est un mois. Selon Me Boubacar Soumaré, avocat à la Cour, rien n'interdit que le paiement du salaire soit fractionné si ce n'est pas dans une intention malveillante. Tout accord peut intervenir entre l'employeur et l'employé en ce qui concerne la périodicité du paiement du salaire.
Dans la pratique, le salaire est payé en fonction du travail effectué. Autrement dit, qui ne travaille pas, ne perçoit pas de salaire. Me Soumaré explique qu'à la fonction publique, le salaire est fixé en fonction de la catégorie de chaque salarié. Par contre, ajoute-t-il, au niveau du privé, il se négocie entre l'employeur et l'employé.
Le salaire minimum inter professsionnel garanti (Smig) étant de 28 460 F CFA, l'un des plus bas de la sous-région, le salaire ne peut pas être inférieur à ce montant, selon l'avocat. "Un paiement de salaire en deçà de ce montant peut ouvrir droit à des poursuites contre l'employeur". L'inspecteur du travail peut à tout moment faire une descente sur les lieux de travail pour constater des violations faites au Code du travail.
Aux dires de Me Boubacar Soumaré, le salaire doit toujours être matérialisé par un bulletin de salaire qui fait voir ses différentes composantes. Constituent des violations de la loi du travail, le fait de remettre le salaire directement de main à main sans bulletin de salaire et le fait de faire signer par un agent un cahier, un registre attestant ainsi la perception du salaire. "C'est l'employeur qui doit justifier à l'employé la perception du salaire et non le contraire", indique le droit.
Si l'on en croit Me Soumaré, quelle que soit la modicité du salaire, il peut être viré dans un compte bancaire. Cette procédure offre des avantages dans la mesure où le salarié est protégé contre le risque de paiement en retard, le vol de son argent... Etre domicilié dans une banque procure également au salarié le droit d'obtenir des prêts.
" Lorsque le paiement est sûr, les banques paient même à l'avance ou dès lors qu'un ordre leur sont donné par le service employeur", affirme Me Boubacar Soumaré. Toutefois, évoque-t-il, l'action en réclamation de salaire se prescrit au bout de trois ans. De même, toute absence injustifiée est amputée du salaire.
Mohamed Daou
DEMBA DIARRA
" Un salarié a les mains liées"
Grand de taille, le teint légèrement clair, la trentaine sonnée, Demba travaille dans une entreprise privée de la place. Salarié, il pense que l'expression monétaire du travail qu'il abat ne le nourrit pas. Portrait.
Diplômé en comptabilité, Demba est un sortant de l'Ecole centrale pour l'industrie, le commerce et l'administration (Ecica). Il travaille pour une entreprise privée depuis 8 ans. "J'ai commencé comme aide-comptable avant d'occuper 5 ans plus tard le poste de comptable principal". Avec moins de 150 000 F CFA comme salaire, Demba soutient que le salaire au Mali ne nourrit pas son homme.
Depuis avril 2004, il court après l'augmentation de salaire décrétée par le gouvernement aussi bien pour les travailleurs de la fonction publique que pour ceux du secteur privé. "Aucun salarié malien ne peut dire que son salaire lui suffit. On ne fait que voler pour arrondir nos fins de mois".
Marié et père de 5 enfants dont deux filles, Demba, à ses dires, fait beaucoup de gymnastiques pour faire face aux dépenses de la famille. "On ne se rend vraiment compte qu'on a rien que quand un membre de la famille tombe malade", dit-il. Pour ce jeune, la vie d'un salarié au Mali est un calvaire. "Etant soutien de famille, je dois m'occuper de mes parents restés au village, payer les frais de scolarité de mes enfants qui sont inscrits dans le privé".
Avec son revenu, Demba pense qu'il est difficile de lutter contre la délinquance financière, la corruption et autres moyens illicites. "Le salarié est sous la subordination de son employeur. Il doit respecter le règlement intérieur et exécuter les consignes de ses supérieurs hiérarchiques, mais il doit vivre de façon décente", indique-t-il. Et d'ajouter que l'employeur ne peut donc, en principe, imposer aucune contrainte en dehors du lieu ou des horaires de travail.
" Ce qui fait qu'en dehors des heures normales de travail, nous sommes pour la plupart sur d'autres sentiers pour se mettre à l'abri du besoin". Et par conséquent, un salarié ne peut être sanctionné pour des motifs liés à sa vie personnelle. Un principe qui mérite tout de même d'être nuancé.
Idrissa Sako
EPILOGUE
Le prix de la sueur
Le salaire, dans les sociétés humaines, est aussi vieux que le travail lui-même dont il est l'émanation. Il constitue l'une des bases du contrat social.
La rémunération de l'effort physique ou intellectuel par celui pour lequel cette peine a été faite, fut pratiquée dans presque toutes les sociétés, mais de manière différente selon les pays, les civilisations et les périodes historiques. Mais quelle que soit la zone géographique considérée, le labeur fut rarement gratuit et eut, d'une manière ou d'une autre, son prix, y compris dans les civilisations esclavagistes où l'esclave était pris plus pour un animal que pour un être humain.
Dans les sociétés non marchandes dont la nôtre où la monnaie mit du temps à s'implanter et à jouer un grand rôle dans les relations humaines, l'échange de services fut longtemps la règle générale dans la marche des affaires. Dans les zones rurales, les paysans riches ou ayant quelques moyens économiques suffisants faisaient travailler un nombre relativement important de gens moyennant quelques mesures de céréales ou quelques coudées de tissu ou d'étoffe.
Il arrivait aussi fréquemment que des chefs de famille laissent partir quelques-uns de leurs travailleurs dans les champs des voisins en guise de services rendus. Mais vraisemblablement, l'adoption des cauris comme monnaie d'échange par les souverains bamanan de Ségou aux XVIIe et XVIIIe siècles, favorisa l'introduction du travail payé en numéraire et ce système existe parallèlement aux échanges de services jusqu'à la pénétration coloniale dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
La colonisation européenne trouva donc sur place chez nous le travail salarié et c'est une erreur de penser que le salaire fut une innovation apportée par la France. Il est cependant vrai que l'organisation du travail sous la colonisation fut différente de ce qu'elle fut avant, de même que les modes de rémunération. Le paiement en monnaie courante se substitua aux prestations de service d'antan entre partenaires sociaux, sauf pour les travaux forcés et l'exécution des travaux d'intérêt général.
Les rares fonctionnaires recrutés par l'administration coloniale et les travailleurs des sociétés et des compagnies coloniales étaient rémunérés conformément aux textes législatifs en vigueur mais qui, on le devine facilement, arrangeaient plus l'employeur européen que l'employé africain. Même entre employés, dans les colonies, les salaires variaient souvent selon que l'on était proche de l'administration coloniale ou que l'on avait des idées progressistes opposées à la colonisation.
Les salaires des indigènes, de façon générale, demeuraient bas, mais les prix étaient maîtrisés, ce qui fait dire aujourd'hui à certains témoins de cette période qu'il faisait mieux vivre en ces temps-là que maintenant. Si les salaires étaient globalement bas, ils permettaient aux fonctionnaires et aux ouvriers de tenir bout, le travail demandé en retour était très rude et ne souffrait d'aucun manquement en ce qui concernait l'exécution.
L'indépendance en 1960 vint corriger toutes les inégalités constatées dans les salaires en ne retenant comme seuls critères d'attribution le niveau du diplôme et la qualification professionnelle. La législation distingua deux catégories de travailleurs ; à savoir : les fonctionnaires du secteur public et les conventionnaires du domaine privé. Les textes législatifs élaborés au début de l'indépendance déterminaient les conditions de paiement des salaires des deux catégories.
Sous le prétexte vrai de la pauvreté du pays et des moyens économiques réduits de l'Etat, les salaires furent volontairement maintenus à un niveau bas. Cette situation entraîna la fuite de certains cadres vers l'étranger, notamment en Côte d'Ivoire ou au Gabon où le niveau des salaires pouvait doubler, voire tripler celui du Mali. Mais beaucoup d'autres cadres dotés d'une conscience patriotique très aiguë choisirent de rester parce qu'ils voulaient vivre pauvres, mais dignes dans leur pays plutôt que de rouler indignes dans les ors de l'étranger.
Le gouvernement mit cependant tout en œuvre pour maintenir les prix des denrées de première nécessité à un niveau raisonnable à la portée de la bourse des travailleurs. L'adoption en juillet 1962 de la monnaie nationale au détriment de celle de la métropole permit de mener à bon port cette politique des bas salaires et des prix maîtrisés. Le succès dans ce domaine donne encore la nostalgie de la période de l'indépendance à certains contemporains encore en vie pour qui celle-ci vaut cent fois mieux que l'ère de la démocratie avec sa flambée des prix, ses salaires de misère et ses magouilles de toutes sortes.
Facoh Donki Diarra
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, mais nous, nous baiserons leurs mères héhé!!!!
, j'ai oublier, il parait que ATT n'est pas le vrais fils de son père hihi hi!!!! 




