Aux retrouvailles du Mouvement démocratique, organisées samedi 10 janvier 2009 au CICB, Soumeylou B. Maïga, figure de la lutte pour un Mali démocratique, a fait une brillante intervention que nous vous proposons ci-dessous.
« Le 30 décembre 1990, grâce au courage, à la détermination et à l'unité d'action des patriotes et démocrates, la lutte de notre peuple pour la démocratie pluraliste a pris un tournant décisif qui a abouti, moins de trois mois plus tard, à la chute du régime de parti unique. ».
Ce jour-là nous disions que le peuple « ne veut plus continuer à subir passivement son sort mais tient à imposer sa volonté », qu'il était « désormais résolu à dénoncer et à combattre tout ce qui, jusque-là, avait été douloureusement subi et craintivement tu » et que « les Maliens ne se laisseront plus ni manipuler ni intimider ».
De fait, notre conquête démocratique demeure à jamais identifiée par une éthique de générosité, de sacrifice, de fermeté et de bravoure. C'est pourquoi en cet instant je voudrai rendre hommage à tous ceux dont la constance et le courage nous ont permis d'être là aujourd'hui.
Parmi ceux qui nous ont malheureusement quittés depuis cette date mémorable du 30 décembre 1990, à laquelle ils avaient tant contribué, je voudrai citer Abderhamame Baba Touré, Kadari Bamba, Halidou Touré, Mamadou Lamine Traoré, Kissané Doumbia, Paul Gaetan Sidibé, Abdoulaye Barry, Issiaka Tembiné, Adama Sékou Kansaye, initiateur de l'ADVR.
Depuis le 30 décembre 1990, que de chemin parcouru. Le parti unique n'a plus d'adeptes même si d'aucuns s'accommoderaient bien du monopole et du monolithisme de fait. Le multipartisme intégral pour lequel nous nous sommes battus est une réalité même si à l'expérience la quantité n'est pas nécessairement un critère d'un ancrage démocratique de bonne qualité et de vitalité de la vie politique.
Tant il est vrai que les repères sont passablement brouillés en raison, notamment, de la fragmentation de l'espace politique, de la prolifération et de la faiblesse des partis politiques dont, la plupart sont, du fait de leur origine essentiellement électorale, plus des outils de marchandage que des porteurs d'un quelconque projet.
Au gré des fortunes électorales nous avons enregistré des avancées incontestables, forcément fragiles, quelquefois réversibles dans une démocratie en voie de consolidation. Mais grâce à notre capacité collective, nous avons pu préserver l'essentiel.
C'est dire que nous sommes convaincus que le jalon que nous posons aujourd'hui doit s'insérer dans une démarche irréversible de relance de la réflexion et de l'action collectives pour une renaissance démocratique. Parce qu'il y a une irrépressible aspiration à l'unité d'action des forces démocratiques dans un espace d'écoute et de concession mutuelles pour que la démocratie se consolide grâce aussi à sa capacité à créer les conditions d'épanouissement pour tous.
En dépit des confrontations, quelquefois brutales, qui ont jalonné nos relations, nous sommes convaincus que nous avons en nous suffisamment de force, de ressources et de conviction pour reconstruire la confiance en notre capacité collective à bâtir une société juste, solidaire, en mouvement vers l'avant au bénéfice du plus grand nombre.
Aujourd'hui comme hier, les problèmes institutionnels et les questions politiques sont au cœur des préoccupations parce qu'il y a une claire conscience que c'est de leur juste résolution que dépend la capacité du leadership à relever les défis et à faire face aux enjeux. Et aujourd'hui comme hier, la qualité du fait partisan constitue à la fois le problème et la solution.
Nous demeurons naturellement convaincus qu'il n'y a pas de démocratie sans pluralisme, qu'il n'y a pas de démocratie sans partis politiques forts, identifiés par leur projet, leur ancrage dans la société, leur proximité avec les citoyens et qui sont seuls capables de garantir une vie démocratique qui se développe dans les institutions républicaines.
Notre parcours de lutte commune, nous avons le potentiel pour être une force de changement. Car, hier comme aujourd'hui, notre mission est la même : assurer, dans la fidélité à nos idéaux, la stabilité de notre démocratie, promouvoir le développement de notre pays dans la solidarité et la justice sociale.
Nous devons naturellement faire attention à la tendance systématique à s'offusquer et à s'indigner de toute forme d'expression différente ou critique, à créer un climat de radicalisation quelquefois artificiellement suscité et entretenu.
Il nous suffit simplement d'avoir toujours à l'esprit la leçon du 30 décembre 1990 : avec mesure, humilité et fermeté, gardons la nuque raide sur nos convictions
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