Que ce soit à la maison, chez des amis, au grin, voire au bureau, le thé se boit sans modération sur tout le territoire malien. Retour sur un phénomène de société.
" Tu prends un verre ? C'est le premier !" Plus qu'une simple infusion, le thé est une constante dans toutes les couches de la société malienne. Souvent appelé "boisson nationale", c'est l'un des produits les plus courus de la population et aussi l'un des moins chers, ce qui en fait sa force. Prendre le thé est un loisir. Les trois prises durent en moyenne 1 h 30 et sont souvent accompagnées de causeries et de franche rigolade.
C'est surtout un moyen de se retrouver à moindre coût : à 100 F CFA les 20 grammes, il reste beaucoup moins cher qu'une sortie dans un maquis. "Je prends le thé avec mes amis après les cours pour me détendre, et cela revient moins cher que d'aller boire une bière en ville", déclare Fodé étudiant à la Faculté de droit de Bamako. "J'apprécie vraiment cette pratique, car elle nous permet de nous retrouver et de partager entre jeunes du même âge", poursuit-il. Le partage est le mot qu'on retrouve le plus dans la bouche des "preneurs de thé".
Pour subvenir aux frais que cela englobe : charbon, sucre et thé, les membres d'un même grin cotisent tous les mois ou toutes les semaines. "Chaque membre du grin - environ 10 personnes - paie 500 F CFA par mois pour toutes les dépenses du groupe", selon Péro, membre d'un grin d'ATT-Bougou.
Plus de 16 994 tonnes en 2008
Doté de plusieurs vertus, le thé n'en reste pas moins contre-indiqué et déconseillé dans certains cas. Le produit augmente la vigilance, lutte contre le stress et facilite la digestion, mais un excès de thé provoque des palpitations cardiaques, des maux de tête et une vision trouble. Il peut donc être dangereux pour la santé. Les Maliens ont une fâcheuse tendance à en abuser et selon plusieurs observations, plus ils sont pauvres et désœuvrés, plus ils en consomment.
Avec près de 30 % de chômeurs, l'industrie du thé sait où trouver sa clientèle. De plus, le consommateur a l'embarras du choix dû à l'abondance des marques. Habituellement importé de Chine, le thé pèse lourd dans la balance commerciale du Mali. Plus de 16 994 tonnes ont été écoulées en 2008 au Mali.
Le secteur attire de plus en plus d'importateurs. "Ce qui est le plus regrettable, c'est que parmi ces thés, il y a une bonne partie qui échappe au circuit normal et est introduite chez nous à partir de la Mauritanie, de l'Algérie", selon un responsable de la direction nationale du commerce et de la concurrence qui traite des intentions d'importation de thé vert.
Kaourou Magassa
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