
« Quand une armée perd le Nord », pourrait être le titre d’un film de guerre réalisé par les scénaristes d’Hollywood si l’envie leur prenait un jour de dépeindre ce qui se passe actuellement au Mali. Hormis la chaleur ambiante qui frôle les quarante degrés à l’ombre sous les arbres abritant les grins de thé dans la capitale malienne, le mercure social est monté de plusieurs crans dans la soirée du 30 mars 2012.
Alors qu’une délégation de la junte était attendue à Ouagadougou, des tirs ponctués de détonations d’armes lourdes se sont fait entendre dans Bamako et ses environs, notamment dans la ville garnison qu’est Kati, à un jet de pierres de Bamako. Du Rambo à la sauce tigèdèguè dans la savane africaine. Un affrontement sanglant opposait les éléments de la junte à ceux restés fidèles à l’ex-président Amadou Toumani Touré, les bérets rouges du camp de Djicoroni-para qui assuraient sa sécurité.
Dans l’histoire du Mali, foi de nombreux témoins, c’est la première fois que deux camps d’une même armée s’affrontent. Dans la journée d’hier, le capitaine Ahmadou Aya Sanogho assurait que "La tentative d’hier est une atteinte à nos personnes. L’accord-cadre (Ndlr : conclu le 6 avril avec la médiation burkinabè) demeure, le président est là, le gouvernement demeure. C’était un problème interne qui est géré et qui n’a rien à voir avec l’accord-cadre". La situation était « sous contrôle », a-t-il conclu. Une terminologie militaire qui en dit souvent long sur la cacophonie qui règne le long des rives du fleuve Djoliba.
Situation regrettable, mais qui prouve, cette fois encore, que les vrais maîtres du pays restent les membres de la junte, eux qui arguent que les assaillants voulaient remettre en cause le retour à l’ordre constitutionnel normal. Belle formule en effet, même si nombre d’observateurs de la scène politique malienne ont la faiblesse de penser que s’il y a bien quelqu’un qui ne semble pas vouloir d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel, c’est bien le capitaine Ahmadou Aya Sanogho.
L’on s’attendait pourtant, avec les différents accords, notamment celui de Ouagadougou, que les putschistes daignent bien s’effacer pour laisser la place au président intérimaire et au gouvernement récemment installé et dans lequel la junte s’était d’ailleurs taillée une part de lion, en occupant des postes éminemment stratégiques comme l’Intérieur, la Défense ou l’Administration territoriale.
La faute aux deux accords signés et dont l’esprit de consensus obligeait à abonder dans les généralités ? L’argumentaire par l’affirmative peut difficilement prospérer. Un accord à lui seul, aussi bon soit-il, ne peut trouver une solution à imbroglio politico-militaire. Pour le rendre plus performant, des aménagements pourraient être proposés après, avec des protocoles additionnels par exemple. Le plus important reste cependant la volonté des signataires. Aujourd’hui, la grande part des responsabilités revient à cette junte qui n’est plus fondée à récuser les décisions de la CEDEAO.
C’est bien d’être patriote, mais encore faut-il avoir les moyens de son patriotisme. Le problème du Nord est encore là, en grandeur nature pour montrer au capitaine Sanogho que l’urgence est ailleurs. Le Mali est occupé aux deux tiers. Si l’îlot de tranquillité qu’est le tiers restant commence également à perdre le nord par la faute de quelques officiers qui n’ont d’yeux que pour leurs intérêts, ce serait le comble. Il est plus que temps de sonner le rassemblement.
Le chef de la junte, qui est très intelligent, doit savoir que l’on n’a pas plusieurs chances d’entrer dans l’Histoire. Il devrait donc revoir à la baisse ses ambitions pour mettre en avant l’intérêt supérieur de son pays.
Issa K. Barry
L’Observateur Paalga
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