Longtemps proche conseiller du président burkinabè Blaise Compaoré, Sadio Lamine Sow a créé la surprise en acceptant, fin avril, le portefeuille de la diplomatie malienne. Sadio Lamine Sow est, aux dires d'un de ses proches, « un homme courtois » mais « extrêmement discret ». Confirmation à Ouagadougou, où il a posé ses valises il y a trente ans, et où l'on ne sait pas grand-chose de lui, si ce n'est qu'il est marié à une femme du pays, qu'il a trois enfants, qu'il ne s'est jamais mêlé de politique intérieure et qu'il ne court pas les mondanités.
Pourquoi alors avoir troqué, fin avril, la confortable obscurité que lui conférait le titre de conseiller spécial du président burkinabè pour celui, brûlant, de ministre d'État en charge des Affaires étrangères au Mali, le rang le plus exposé d'un gouvernement suspendu aux décisions d'une junte erratique ? Quête d'un nouveau défi ? Élan patriotique ?
De fait, à Bamako comme à Ouaga, la nomination de cet ancien journaliste à Jeune Afrique au début des années 1980 a fait jaser. « Le Mali sous tutelle : un conseiller personnel de Blaise Compaoré ministre d'État », a titré un journal bamakois. Sow, qui ne vivait plus au Mali depuis longtemps, est perçu comme « un pion » que Compaoré aurait placé auprès de son ami Cheick Modibo Diarra, le Premier ministre, pour diriger en sous-main la transition. C'est tout le contraire, affirme-t-on à Ouaga. « Blaise ne s'y attendait pas. C'est Diarra qui l'a appelé pour lui dire qu'il avait besoin de Sadio. Les deux hommes sont amis depuis très longtemps », assure un conseiller du président burkinabè. Si ça le dérange ? « Non, mais dire que Blaise l'a imposé est faux. »
Proche aussi de Denis Sassou Nguesso
Il faut reconnaître que les mauvaises langues ont de quoi argumenter. Voilà des années que ce Peul né à Kayes (sud-ouest du Mali) il y a soixante ans fait figure d'intouchable auprès de Compaoré. Selon un ministre, « c'est son plus proche collaborateur ». C'est un ami aussi - « un des rares qui peuvent lui dire les choses sans prendre de gants » - à qui le président aurait confié la gestion de ses affaires personnelles et qui a fait le lien pendant des années avec l'Afrique centrale, où on le dit « très introduit » - Sow est un proche de Denis Sassou-Nguesso, tout comme il l'était de feu Omar Bongo Ondimba. Longtemps, il a aussi assuré la connexion avec certains réseaux français. « Il était très souvent hors du pays, et souvent à Paris », affirme un diplomate, qui précise que Sow a « de bons rapports » avec la France, un pays où il a suivi des études en lettres modernes.
Comme beaucoup de journalistes fascinés par la révolution burkinabè et la personnalité de Thomas Sankara, Sadio Lamine Sow est arrivé à Ouaga dans les années 1980. Un ancien collaborateur de Sankara se souvient de l'avoir croisé. « À l'époque, Thomas avait besoin de communicants. Il disait que les journalistes étrangers étaient plus efficaces que les burkinabè. »
Jamais vraiment éloigné du Mali
Sow restera, même après l'assassinat de Sankara. Dans un premier temps, il joue le rôle de conseiller en communication de Compaoré. Puis ce « gros bosseur » prend du galon. Bientôt, il dirige la diplomatie parallèle et le président le charge de dossiers bien particuliers. La rumeur l'a dit proche du Libyen Mouammar Kaddafi et du Libérien Charles Taylor - ce que lui-même et ses amis démentent.
Du Mali, son pays, il ne s'est jamais vraiment éloigné. Il y a dix ans, il a aidé Amadou Toumani Touré à retrouver le pouvoir. « Ils étaient très liés, affirme un proche. Il l'a convaincu de se présenter à la présidentielle et il a convaincu Blaise de le soutenir une fois élu. Ensuite, il s'en est rapidement démarqué. À la fin, ils ne se parlaient plus. » Est-il l'homme de la situation ? « Il est fait pour les Affaires étrangères », glisse un ministre burkinabè. Mais « il a peu de contacts avec le Nord », tempère un connaisseur de la région. Il est vrai que jamais la rébellion touarègue ou l'expansion d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) n'ont fait partie de ces dossiers sensibles que lui confiait Compaoré.
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Rémi Carayol, envoyé spécial à Ouagadougou
Jeuneafrique.com
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