La Nouvelle République : Nous sommes à quelques semaines du début du mois de ramadan, une période de forte demande de produits de premières nécessité, est-ce que vous avez fait l'état des stocks disponibles, est-ce que le marché est suffisamment approvisionné?
Ahmadou Touré : Aujourd'hui nous suivons pratiquement l'état d'approvisionnement de nos marchés, de façon quotidienne. A la date d'aujourd'hui, quand on fait le point cumulé des denrées de premières nécessités disponibles sur le territoire national et sur les ports de débarquement, nous pouvons dire qu'il n'y a pas de difficultés. Et s'il plait à Dieu, nous traverserons cette période de Ramadan sans encombre avec en ligne de mire la maitrise des prix. Cette maitrise des prix a été décidée essentiellement dans le souci de l'approvisionnement des denrées. Lorsque nous sommes arrivés aux affaires, l'approvisionnement était pratiquement asséché. Ce qui a provoqué une flambée des prix sur les produits de premières nécessité, notamment le riz et le sucre. Grâce a Dieu, depuis la politique volontariste annoncée par le Premier ministre, mise en application par le gouvernement notamment le ministère du Commerce, des Mines et de l'Industrie, en collaboration avec le ministère des Finances, nous sommes arrivés avec les opérateurs économiques à mettre ensemble un certain nombre de mesures autour notamment du riz et du sucre. Pour le riz, nous sommes arrivés après de longues négociations au prix de 340 FCFA le kg.
N. R : Est-ce que vous pouvez confirmer aujourd'hui que le stock disponible peut couvrir les besoins du pays ?
A. T : Nous n'avons aucune raison de nous inquiéter. Nous faisons un suivi quotidien de la situation des stocks dans le pays. Cette semaine, pour l'une des premières fois, nous avons constaté une baisse du prix du riz et de celui du sucre une semaine avant. Donc, les prix qui ont été négociés sur lesquels nous allons revenir sont généralement en pratique inférieur sur le marché
N. R : Concrètement, qu'est-ce qui découle de vos accords avec les opérateurs économiques ?
A. T : Pour être concret, nous avons ciblé deux qualités de riz, nous avons dit, l'exercice consiste à identifier les produits sur lesquels il y a une pression en terme d'habitude de consommation. C'est-à-dire sur les 16 millions de maliens, si on arrive à cibler entre 15 et 16 on a eu la totalité des maliens. Aujourd'hui nous avons quelques uns qui sont déplacés, c'est regrettable, mais sur les 16 millions de maliens, qu'est ce que les maliens mangent le plus. Ce n'est pas le mil ni le maïs, ce sont des produits accessoires, mais c'est le riz qui est consommé. Le riz que le plus grand nombre des maliens consomme est le riz de 25% de brisures non parfumé et également le riz 100% sans brisures et non parfumé. Ces deux qualités de riz, nous avons demandé à nos opérateurs économiques, en raison de la situation que notre pays traverse, également en raison de la période de soudure, où les paysans vont commencer à cultiver, où les récoltes ne sont pas attendues avant 3 à 4 mois de regarder ce que nous pouvons faire. Nous avons fait nos propositions. Celles du gouvernement sont très simples nous avons dit que la responsabilité du gouvernement est que ces produits soient disponibles sur l'ensemble du territoire national sans distinction de qualité et que par soucis d'équité le prix sur le quel nous allons convenir soit effectif sur l'ensemble du territoire national. C'est pourquoi en contre partie de cette proposition, les opérateurs économiques nous ont dit qu'il serait bon que le gouvernement fasse des efforts supplémentaires par rapport aux autres années qu'au-delà de la TVA étendre le droit de douane.
N. R : Pour revenir au prix, ça donne quoi ?
A. T : Le prix de gros serait de 315F CFA dans le magasin de l'opérateur économique importateur et 340 chez le détaillant, donc il y aurait une petite marge entre les deux prix car c'est une activité économique. Il faut tout de même ne pas tuer la poule aux œufs d'or car le gouvernement a des difficultés et que cela n'est pas une raison pour ne pas leur permettre de refinancer leurs activités.
N. R : Quel mécanisme avez- vous mis en place pour que ces efforts de l'Etat puissent être ressentis par le consommateur?
A. T : Il faut rappeler que l'effort fait par le gouvernement s'applique à deux qualité de riz, c'est très important parce que dans la tête des gens quand on va au marché on achète du riz on devrait l'acheter à 340 FCFA, ce n'est pas comme ça que ça devrait se passer. Il y a plusieurs qualités de riz et les riz importés ont une valeur à l'achat, nous ne nous préoccupons pas du riz parfumé ou du riz de luxe. Par exemple vous vous rendez dans un magasin où vous trouvez du riz conditionné de 5 kilo ou de 10 kilo, ce riz n'est pas concerné.
N. R : Parfois Monsieur le Ministre le prix du kilo de sucre varie d'une boutique à l'autre dans le même quartier ?
A. T : Pour nous assurer qu'il s'agit bien du riz de 25% de brisures, nous avons déployé des équipes de la Direction Nationale du Commerce et de la Concurrence à qui nous avons demandé l'accompagnement des différentes associations de consommateurs y compris d'ailleurs le syndicat dans le cadre du conseil national des prix. Nous avons dit que nous allons déployer nos équipes de la Direction Nationale du commerce et de la concurrence sur les marchés afin de vérifier la réalité de ces prix là. Ces équipes organisent une sortie par jour et par marché. Mais je peux vous assurer que certains commerçants ne disposent pas encore de cette qualité. Mais pour ceux qui en disposent du riz de 25% de brisures non parfumé, ce prix de 340 FCFA est une réalité. Et mieux nous disposons d'équipes de contrôle sur les marchés. Nous disposons de 24 agents dans les 6 communes de Bamako et dans les 6 communes nous avons plus de 100 marchés qui sont sous surveillance. Dans le souci de créer un contact entre les décideurs et les consommateurs, deux numéros verts gratuits sont disponibles. Par exemple celui géré par la direction régional du commerce de Bamako a enregistré hier plus de 100 appels où il y a eu des demandes d'information, des demandes de rectification d'information, des demandes de précisions et des dénonciations de non respect de prix.
N. R : Les mesures que vous avez prises concerne le riz et le sucre pourquoi pas les autres denrées telles que le lait en poudre ?
A. T : Au Mali, il se trouve que ce sont les mêmes opérateurs économiques qui font les mêmes choses. Si vous leur demandez de faire des efforts en tant que patriotes, il ne faut cependant pas trop tirer sur la corde à tel point que vous les mettiez à genoux. Les produits comme le lait, l'huile et la farine qui sont des produits également très consommés, nous avons pensé qu'il faut simplement les suivre et non les exonérer car l'exonération est un sacrifice national ça été dit et expliqué nous en convenons. Pour comprendre à combien l'Etat renonce pour soutenir nos citoyens, voyez par vous-même : le prix moyen du riz en ces 6 derniers mois est de 450 ou 500 FCFA. Grâce aux efforts du gouvernement on a pu le ramener à 340 FCFA. Si vous n'êtes pas exigeants, vous avez quand même du riz pour répondre à votre habitude de consommation. Non seulement nous sommes moins chers que la moitié des pays de la sous région. Il y a donc une politique de surveillance et d'accompagnement des opérateurs économiques. Nous avons retenus ces deux produits sensibles mais les droits de douanes sur les autres produits continuent d'être appliqués.
N. R : Nous avons remarqué que vous avez élargie les critères de sélections des opérateurs économiques par rapport autres années, pour quoi cette nouvelle démarche ?
A. T : Le gouvernement de Transition a entendu les doléances de tous les opérateurs économiques et veut être à égale distances de tous, sans distinction de race et de nationalité. Parce que quand on parle d'opérateurs, nous parlons de personnes qui nous aident à vivre en bonne intelligence. Ils ont la responsabilité de nous importer les produits que nous consommons et l'Etat n'a pas à faire la distinction entre un opérateur économique ou un autre, ils payent tous leurs impôts de la même façon, ils ont tous leur nationalité de la même façon et ils doivent tous accéder au service public de la même façon. À cet égard nous avons pensé qu'il n'est pas juste, il n'est pas légitime surtout en cette période que nous vivons d'aggraver le sentiment d'injustice ou de frustration que les uns et les autres peuvent ressentir. Donc nous avons dit qu'il n'y aurait pas de critère de sélection. On aurait pu penser à des critères de sélections scientifiques. Par exemple : quel est votre chiffre d'affaire ou tous ceux qui ne peuvent pas acheter un bateau de riz ne peuvent pas être admis à importer du riz ou tous ceux qui ne peuvent pas acheter un milliard de sucre ne peuvent pas être admis à importer du sucre. Donc on s'est dit que quel qu'en soit le critère de sélection il faut donner la chance à tout le monde. Vous me permettez maintenant de décliner les résultats sur l'opérationnalisation de dire que pour la première fois, nous avons eu une soixantaine d'opérateurs économiques qui ont signé le cahier de charge. Nous avons reçu 45 signataires pour le sucre totalisant respectivement pour le sucre 600 000 tonnes de commande pour 120 000 tonnes attendues. Vous voyez que l'ouverture a permit d'identifier des opérateurs économiques potentiels capables d'accompagner le Mali dans sa volonté de faire en sorte que ces produits de premières nécessité soient disponibles pendant 12 mois. Juste pour vous dire que nous notre objectif n'est pas d'avoir du riz sur les 9 mois ou moins chers mais sur les 12 mois de l'année sans avoir à recourir à des exonérations. Si l'exonération devrait y avoir dans ce cas l'exonération ne serait jamais totale mais partielle. Ce qui permettrait aux opérateurs économiques d'avoir des bons plans d'exécution de leur programme et de s'accorder avec leurs financiers.
N. R : Quel nouveau souffle compter vous donner au commerce malien ?
A. T : Notre vison c'est d'amener les opérateurs économiques maliens à se spécialiser. Combien de fois vous avez vu que même le monsieur qui a une boulangerie, dès qu'on lance un avis d'appel d'offre vient soumissionner parce qu'il y a du fer à béton qu'il faut fournir de diamètre 6. Donc il y a cet amalgame là qui ne joue pas à la spécialisation et à l'amélioration des circuits commerciaux. C'est dans ce sens que nous pensons qu'il faut aller vers une meilleure spécialisation pour une plus grande visibilité des opérateurs économiques. Aujourd'hui les opérateurs économiques qui font le riz, font le sucre, l'huile, le sel. Ils font un peu de tout parce que ce sont des activités à caractère saisonnières pour eux. Alors qu'il faut raisonner en termes de filière. Par exemple pour la filière riz, il faut avoir des opérateurs économiques suffisamment solides et financièrement aguerris pour assurer de façon permanente l'approvisionnement du pays en riz. Et dès qu'il y a une crise, connaissant bien les circuits de distribution, de transports qu'ils soient capables d'apporter une réponse idoine à l'Etat. Aujourd'hui nous n'avons pas cela et depuis une vingtaine d'années, l'Etat est obligé d'apporter des exonérations pour tout le monde pour que quelques uns s'engouffrent. Nous sommes dans un pays qui veut s'organiser, qui veut sortir de l'à-peu-près. Il est bon que nous puissions créer un cadre juridique, législatif et réglementaire pour que les nouveaux opérateurs économiques spécialisés, selon les Filières, puissent montrer tout leur talent, c'est cette mission que nous accordons.
N. R : Quelle jonction faites vous entre l'industrie et le commerce pour que l'importation ne tue pas l'industrie locale ?
A. T : Là où l'industrie malienne n'est pas performante, nous proposons une mise à niveau pour une production optimale lui permettant d'être concurrentielle. L'industrialisation, c'est bien, mais nous sommes d'abord des consommateurs. Il faut qu'on identifie là où nos entreprises nationales sont compétitives pour qu'elles puissent rester à flot et dégager des bénéfices. Là où ca ne va pas, on laissera l'importation se faire.
Propos recueillis par
Akhimy Maïga
BamaNet.net
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