Pour avoir été sanctionnée par la ligue du District de Bamako dans le litige qui les oppose à la JA, l'AS Police n'a trouvé mieux à faire que porter l'affaire devant la justice.
L'AS Police devra disparaître de toutes les compétitions de la Ligue de football du District. C'est la sanction qui a été infligée jeudi dernier aux Policiers par l'instance régionale du football au cours d'une réunion extraordinaire qui s'est tenue à N'Tomikorobougou. Dans un communiqué signé du secrétaire général, Boubacar Thiam et dont copie a été déposée à notre rédaction, la ligue du District explique que le bureau exécutif a constaté avec amertume, lors de l'examen de la situation née du litige sportif AS Police-Jeanne d'Arc, que des personnes ont été interpellées par la police. "Ce faisant l'AS Police a violé les dispositions qui régissent le football notamment l'article 57 des statuts. En conséquence le bureau de la ligue a décidé d'infliger à l'AS Police, une suspension ferme de trois ans de toutes les activités sportives de la ligue à compter de la date de signature. (ndlr : le jeudi 14 août 2008) ". Les responsables de l'AS Police crient au scandale et à l'amalgame et entendent user toutes les procédures légales pour annuler la sanction de la ligue. "Les responsables de la ligue ont fait un amalgame fâcheux entre l'équipe de l'AS Police qui est une Association sportive et la Police elle même qui est une institution de la République. Nous avons établi les preuves de délits de faux, usage de faux et complicité dans la transmission de supports pour l'établissement de titres de voyages (passeports) et de carte d'identité nationale du Mali. La police a donc agi en conséquence dans l'exercice normal de sa mission. Maintenant, je pense que la ligue ne doit pas profiter de cette affaire pour porter son courroux sur l'équipe de football de la Police. Pour la simple raison que l'AS Police n'a commis aucun acte antisportif pour mériter une telle sanction. Nous avons perdu sur le terrain et nous avons engagé des procédures légales sportives pour changer le cours des choses. C'est bien normal et légitime. Cela n'a rien à avoir avec les délits pour lesquels les services compétents de la Police ont été saisis. Nous sommes prêts à aller, s'il faut au tribunal arbitral du Sport pour diligenter cette situation", annonce le colonel de Police Bréhima Diarra, chef de cabinet du directeur général de la Police et membre du comité directeur de l'AS Police.
RESERVES SUR PLUS DE CINQ JOUEURS: Pour comprendre cette nébuleuse, il faut remonter jusqu'à la dernière journée du championnat de D2 du district communément appelé Carré d'as qui s'est disputée, le lundi 21 juillet dernier au stade Modibo Keita. L'AS Police qui n'avait besoin que d'un nul pour représenter le district au tournoi de la montée en première division, s'est fait battre par la Jeanne d'Arc (0-1), au terme d'une partie, passionnée. Avant le coup d'envoi de la rencontre, les Policiers avaient porté des réserves sur plus de cinq joueurs de la J.A, contraignant ainsi l'encadrement des Bleus à retirer certains éléments de la liste. Dans sa réserve, l'AS Police avait également émis des doutes sur les nationalités de Salia Sanou, Aimé Ahnmeda, Souleymane Coulibaly et Yakiya Sarr, mais aucune allusion n'avait été faite du cas de l'international cadet, Moumini Mama qui a participé à la rencontre. Le staff technique de l'AS Police était persuadé qu'il y avait plus de trois joueurs étrangers dans l'effectif de la JA. On connaît la suite : la commission de qualification de la ligue a tranché en faveur de la JA, déboutant ainsi l'AS police de sa réserve. Ce sont donc les Bleus qui défendront les couleurs de la ligue du District au tournoi de montée en D1.
"L'AS Police n'a pas pu apporter de preuves que la J.A a utilisé plus de trois joueurs étrangers. C'est vrai que Souleymane Coulibaly est Ivoirien et Aimé Amada un Camerounais, mais les autres ont des papiers maliens. Quand la police a abordé le cas de Moumini Mama, on a produit son acte de naissance qui a servi à l'établissement de la licence cadette. Et les expatriés qui figuraient sur la feuille de match, ont tous un certificat international de transfert joint à leur licence. Le vice président colonel Falaye Keita était même présent à la réunion", a indiqué Mamadou Berthé, le secrétaire général adjoint de la ligue de Bamako.
En effet, la copie d'extrait d'acte de naissance n°809, établie le 11 novembre 2001 par le centre secondaire d'état civil de Lafiabougou et qui a servi de support pour la licence cadette, précise que Moumini Mama est né le 9 août 1993 à Kidal. C'est ainsi que selon les sources policières, le 12 août 2008, (mardi dernier), le commissaire principal Oumar Coulibaly, un responsable administratif de l'AS Police, a fait parvenir à la section de recherche de la police judiciaire (Interpool-Mali), des documents qui ont servi à l'établissement de la carte d'identité et du passeport de Moumini Mama, pour vérification de nationalité de l'intéressé. Les mêmes sources au niveau de la brigade d'investigations judiciaires, précisent qu'un Malien résidant au Bénin, a mis en route Moumini Mama à Bamako. Et que le joueur a été accueilli par Moussa Bâh, le directeur technique de la J.A. Et par le biais de l'interpool Bénin, la BIJ de Bamako a été informée que le joueur est né le 09 août 1989 à Cotonou. Et que l'acte de naissance qui a servi à l'établissement de la carte d'identité au premier arrondissement, a été fait par le conseiller municipal Broulaye Kouma, de la Mairie de Bagadadji. À Kidal, le maire réfute toute allégation de naissance du garçon dans les registres de sa commune, tout comme au centre secondaire d'état civil de Bagadadji où on ignore l'existence d'un maire répondant au nom de Broulaye Kouma. C'est ainsi que les policiers se sont mis à la recherche de Moumini Mama, avant de convoquer ensuite le secrétaire général de la Fédération malienne de football Yacouba Traoré.
ABUS D'AUTORITÉ : Le mardi 12 août, quand Moumini Mama rentrait chez lui, après les entraînements, une mercedes est venue lui barrer le chemin, à quelque mètres de son domicile à Niamakoro et quatre hommes sont sortis du véhicule pour exhiber leur carte professionnelle de police. "Ils m'ont demandé de les suivre. J'ai répondu que pour quelle raison. Aussitôt, ils m'ont molesté, en mettant la main sur ma bouche, avant de me jeter dans la voiture", a expliqué Moumini Mama. Ces propos ont été confirmés par des témoins à Niamakoro, qui ont tous parlé de bavure policière. "Nous avions cru qu'ils avaient affaire avec un prisonnier évadé ou un brigand. C'est après leur départ qu'on a compris la brutalité de leurs actes", a dit un témoin. Le sociétaire de la J.A a ainsi passé la nuit en garde à vue de la BIJ, avant d'être rejoint dans la matinée par le secrétaire général de la fédération Yacoubadjan Traoré.
"La police m'a convoqué parce que pour l'établissement du passeport d'un enfant mineur, il faut une autorisation parentale ou celle d'une entité officielle. J'ai souligné à la police que j'ai établi une demande de passeport au nom de la fédération pour un groupe de jeunes. Aucun papier ne trahissait l'identité malienne du joueur. Mais la police trouve que selon ses investigations, Moumini Mama est Béninois", a expliqué Yacoubadjan qui a été gardé pendant plus de quatre heures. Selon la police, Moumini Mama n'a pas contesté son identité malienne, il se dit même fier d'être Malien. Par contre le secrétaire général de la fédération, n'a pas obéi aux injonctions. Il a soutenu que la carte d'identité et le passeport du joueur se trouvaient avec un autre responsable et que ce dernier est en mission à Sikasso, commissaire du match Stade malien de Sikasso contre le Réal. "La police a estimé qu'il ne voulait pas coopérer et pour cette raison, nous avons mis Yacoubadjan en garde à vue. Après, il a été libéré avec le petit, lorsqu'on a eu les documents entre les mains", a confié un policier proche de l'enquête.
En définitive, on peut dire que la sanction de suspension de trois ans infligée à l'AS Police, est un peu sévère. Cependant, la Police n'a pas non plus à monter sur ses grands chevaux pour gagner sur papier, une partie qu'elle a perdue sur le terrain. Les policiers ont fait preuve d'abus d'autorité dans cette procédure civile. Quel que soit le principe de missions républicaines prôné par les autorités policières, il est bien clair que c'est parce que l'AS Police est en cause qu'elle utilise les moyens de l'institution. Est-ce que la police allait se mobiliser autant s'il s'agissait d'un autre club du pays ? On peut en douter.
M. N. TRAORÉ L'Essor
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