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Pour que le NEPAD soit une chance pour l'Afrique
Thomas Sankara
L'inventeur du Faso voulait se battre « avec et pour le peuple ».
Il n'a laissé en héritage à son peuple ni « miracle économique », ni autoroutes, ni basilique. Peut-être, d'ailleurs, faute de temps, puisque son passage au pouvoir, quatre malheureuses années, s'est rapidement terminé dans le sang. Son régime ne fut pas toujours un modèle de démocratie, mais, après tout, ceux de Nkrumah et de Nasser ne l'étaient pas non plus. Thomas Sankara est, à coup sûr, l'une des plus grandes figures africaines du XXe siècle, une icône de la dimension d'un Lumumba ou d'un Nkrumah.
Au début des années quatre-vingt, rêver était pratiquement prohibé, et penser était risqué. Pas un Nasser ou un Lumumba à l'horizon pour tracer la voie, secouer les cocotiers, brocarder l'impérialisme. C'est le moment choisi par un jeune officier voltaïque de 33 ans, volontiers crâneur et magicien du verbe, pour entrer en scène. Par le truchement d'un coup d'État conduit, le 4 août 1983, par son ami et frère d'armes, le capitaine Blaise Compaoré. Préoccupé par le sort des démunis, des sans-voix et des marginaux, l'intrus était différent des Houphouët, Bongo, Eyadéma et autres Mobutu. Par son discours, mélange de marxisme, de guévarisme, de panafricanisme et d'humanisme chrétien, mais aussi par son sens de la formule, sa fraîcheur et sa belle... gueule.
Président VRP, il vantait les mérites du tô, pâte à base de mil, de l'aloko (bananes frites), du jus de tamarin et de goyave et, bien entendu, du fameux faso danfani, la cotonnade locale.
Prince monogame sur un continent polygame, Sankara a offert un immeuble (et une dignité) aux putes ouagalaises, soutenu la cause des Amérindiens, envoyé symboliquement des armes au secrétaire général du Parti communiste sud-africain, Chris Hani. Il a changé l'appellation de son pays, la Haute-Volta, en Burkina Faso (le Pays des hommes intègres), transformé Ouaga en destination pour tous les rescapés de la révolution mondiale.
Puis, brusquement, le rêve a tourné au cauchemar. Le 15 octobre 1987, le capitaine Thomas Sankara est abattu dans l'enceinte du Conseil de l'entente, à Ouagadougou. Son « frère et ami » Blaise Compaoré, qui prend la tête du processus de rectification, était, à l'époque, ministre d'État délégué à la présidence (chargé de la Justice) et, surtout, ami intime, pour ne pas dire alter ego du président assassiné.
Établi le 17 janvier 1988, soit trois mois après les événements, par un médecin militaire, le certificat de décès fait curieusement état de la « mort naturelle du camarade Thomas Isidore Noël Sankara, né le 21 décembre 1949 à Yako ». Munie de ce document accablant, sa veuve, Mariam Sankara, réclame depuis septembre 1997 justice pour « assassinat et faux en écriture administrative ».
Elle vit depuis plusieurs années, avec ses deux enfants, Philippe, 19 ans, et Auguste, 17 ans, à Montpellier, dans le sud de la France. Mariam, qui se trouvait hors de France au début de décembre, n'a pu commenter immédiatement pour nous le choix porté par Jeune Afrique sur son mari. En revanche, Paul Sankara, qui réside à Paris, a accepté volontiers de réagir, en déclamant une des citations préférées de son frère défunt : « Je souhaite que mon action serve à convaincre les plus incrédules qu'il y a une force, qu'elle s'appelle le peuple, et qu'il faut se battre pour et avec le peuple. »
Francis Kpatindé
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